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Port de Douala : miroir des luttes, labyrinthe du pouvoir

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Au Port Autonome de Douala (PAD), le désaccord est devenu un décor permanent où les institutions s’affrontent sans jamais produire le moindre accord durable.

Tout ou presque transforme le port en un vaste champ de bataille politique, où l’effort de coordination disparaît sous le poids du désaccord chronique, comme si la gouvernance n’était plus qu’un miroir reflétant les rivalités de chacun. Le moindre projet de réforme semble voué à l’échec, et le personnel du PAD se retrouve spectateur involontaire d’un conflit qui s’étire sans espoir de voir surgir un accord véritable.

Dans ce décor institutionnel, le PAD n’est plus seulement un espace économique, mais un symbole de conflits, un territoire où chaque autorité protège son pouvoir comme un trésor secret, ignorant le besoin crucial de concertation. Les réunions se succèdent dans un flamboiement d’idées contradictoires, chaque directeur cherchant à imposer son point de vue au détriment du collectif. Les dossiers, qu’ils soient financiers ou administratifs, deviennent un miroir des luttes internes, et le moindre chantier est retardé par la volonté de certains de s’arroger des prérogatives exclusives.

La gestion du PAD se transforme ainsi en un va-et-vient incessant entre la Direction Générale (DG) du Port, le ministère des Finances, la Présidence de la République, le Premier Ministère et le ministère des Transports. Chaque décision prise à la DG est renvoyée au sommet de l’État pour validation, avant de revenir avec des directives modifiées, parfois contradictoires. Les autorités supérieures, en quête d’arbitrage, finissent par multiplier les aller-retour, laissant les équipes locales dans l’attente et amplifiant le désaccord. Ce ballet décisionnel, loin de clarifier les enjeux, crée un flou permanent où le moindre chantier se heurte à la lenteur des procédures et aux querelles de pouvoir.

Ainsi, le PAD se transforme en un véritable théâtre de rivalités où l’effort de gouvernance se heurte à un désaccord permanent, transformant la gestion publique en spectacle quotidien. Les citoyens et partenaires, témoins de cette cacophonie, s’interrogent sur l’avenir de ce lieu stratégique et sur la capacité des autorités à bâtir un avenir stable. Chaque geste administratif semble destiné à prolonger le désaccord plutôt qu’à favoriser l’essor économique. Le PAD, loin d’être un moteur de développement, devient un miroir fidèle des fractures institutionnelles, et la moindre tentative de dialogue est souvent perçue comme un leurre, un espoir fragile rapidement effacé par la réalité du pouvoir.

Dans ce contexte, il est urgent de repenser les mécanismes de décision et de créer un espace où la concertation ne serait plus un simple décor mais un véritable instrument de progrès. Le PAD pourrait ainsi redevenir un lieu de convergence, où le savoir-faire des uns rencontre la vision des autres, et où l’autorité se transforme en garant d’un accord durable, permettant enfin à l’infrastructure de jouer son rôle de catalyseur économique pour tout le pays.

Mais le chemin vers cet idéal demeure semé d’embûches. Les luttes de pouvoir, les querelles autour des ressources et les décisions tardives semblent nourrir un cycle sans fin. Chaque initiative est observée avec méfiance, chaque plan stratégique scruté comme si le moindre succès des uns pouvait devenir la défaite des autres. Le PAD, espace pourtant vital pour le commerce et l’exportation, se transforme en un laboratoire de rivalités, où le savoir politique, l’autorité et le radar des enjeux se mêlent pour créer un spectacle paradoxalement fascinant et inquiétant.

Pourtant, certains acteurs tentent de briser ce cercle vicieux, apportant leurs idées comme autant de phares dans l’obscurité. Leur rôle, fragile mais déterminant, est d’inspirer un accord durable, de convaincre que l’intérêt général peut primer sur les querelles personnelles. Le PAD pourrait alors cesser d’être un décor de conflits et devenir un miroir d’innovation et de coopération. Résultat : tout retard dans l’action ne fait qu’amplifier le désaccord et creuser l’écart avec les ambitions économiques nationales. Ainsi, au-delà du conflit, se dessine l’espoir qu’un jour, le PAD devienne enfin le lieu où l’autorité, le savoir-faire et le dialogue s’entrelacent pour construire un futur solide, loin du chaos, du flamboiement inutile et de l’arbitraire, offrant enfin un horizon clair pour tous les acteurs concernés.

Jean-René Meva’a Amougou

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