L’introduction de nouvelles exigences, notamment fiscales, a suffi à nourrir l’imagination nationale, transformant une formalité en inflation fictive.

Elle a d’abord plané, puis atterri sans autorisation préalable. La rumeur sur l’augmentation du coût du passeport camerounais a touché le tarmac de l’opinion publique avec une assurance presque professionnelle. À peine posée, elle a été accueillie, relayée, commentée, amplifiée. Le verdict semblait déjà rendu : le passeport passerait de 110 000 à 155 000 francs CFA. Plus besoin de vérifier, la sentence populaire avait parlé, sûre d’elle, convaincue que l’administration avait encore frappé sans prévenir.
Dans les discussions de quartier, les taxis, les marchés et surtout sur les réseaux sociaux, l’information s’est installée avec le confort des fausses évidences. Trop crédible pour être questionnée, trop conforme à l’air du temps pour être mise en doute. Dans un contexte où tout augmente, pourquoi le passeport ferait-il exception ? La rumeur n’a donc pas seulement atterri, elle a trouvé un public prêt à l’héberger, à la nourrir, à la défendre et même à l’expliquer mieux que les textes officiels.
Au comptoir des faits
Mais pendant que l’opinion s’enflammait, la vérité, plus discrète, avançait ses documents. Et au comptoir des faits, le contrôle a été strict. Aucun décret. Aucun communiqué. Aucune ligne dans la loi de finances 2026. Verdict administratif sans appel : le prix du passeport camerounais reste fixé à 110 000 francs CFA. Stable. Invariable. La rumeur, elle, voyageait sans papiers, portée uniquement par la répétition et l’indignation anticipée. Refoulée par les faits, elle a été priée de reprendre son vol. Sans tapage, sans excuses. Comme toute rumeur aguerrie, elle ne s’est pas évaporée, elle s’est simplement éloignée, laissant derrière elle un léger brouillard et quelques certitudes mal attachées. À l’origine de cette turbulence, une confusion classique : l’introduction de nouvelles exigences administratives, notamment fiscales, a été interprétée comme une augmentation tarifaire. Une formalité est ainsi devenue, par magie collective, une facture imaginaire.
Sous couvert d’anonymat, un responsable administratif relativise : «Cette rumeur est révélatrice d’un déficit de communication plus que d’une décision cachée. Le tarif du passeport n’a jamais été modifié. Mais dès qu’une procédure change, l’opinion publique anticipe une hausse. C’est un réflexe presque mécanique, nourri par l’expérience quotidienne de la vie chère et par la méfiance accumulée.» Un autre cadre proche du dossier ajoute que «l’épisode doit servir de leçon. L’État gagnerait à expliquer davantage ses réformes avant qu’elles ne soient interprétées. À défaut, la rumeur occupe le terrain, s’installe dans les esprits et finit par être prise pour une vérité, même lorsqu’elle est officiellement démentie, ce qui complique ensuite le travail de rectification». Sous anonymat également, un fonctionnaire de police en charge des dossiers de passeports se veut catégorique : «Le coût n’a jamais changé. Le timbre reste fixé à 110 000 FCFA. Sur le terrain, nous appliquons les mêmes règles. Ce qui a évolué, ce sont certaines pièces demandées, notamment fiscales. Les usagers pensent payer plus cher alors qu’ils passent seulement plus de temps à constituer leur dossier, et la rumeur complique inutilement notre travail quotidien».
Bobo Ousmanou





