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En toute chose, il faut éviter l’excès

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D’après un enseignant de l’université de Cocody, les Africains qui disent que leurs semblables dansent trop sont des « reptiliens puants ». Je ne suis pas d’accord avec lui. Pourquoi?

« Je ne pourrais croire qu’en un Dieu qui sache danser », confiait Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra ». Et Léopold Sédar Senghor d’ajouter:  » En Afrique, au commencement était la danse et le verbe l’a suivie. »

Nos ancêtres dansaient. Et ils dansaient pour célébrer des événements heureux (naissances, mariages) ou malheureux (funérailles, catastrophe naturelle, etc.) car, quand on danse, c’est pour signifier quelque chose. La danse était un outil de cohésion sociale. Mais les anciens ne consacraient pas tout leur temps à la danse. Sinon, comment prendraient-ils soin de leurs familles?

Ce qui pose problème dans la phrase « les Africains dansent trop », ce n’est pas le fait de danser mais le fait de trop danser. Autrement dit, on ne condamne pas la danse en tant que telle mais l’exagération dans la danse. L’adverbe de quantité « trop » exprime cette exagération. Or Talleyrand nous apprend que « tout ce qui est exagéré est insignifiant », c’est-à-dire perd de sa valeur.
Il est curieux qu’un individu qui se vante d’être professeur titulaire d’histoire ignore la différence entre « danser » et « trop danser ».

Aujourd’hui, la jeunesse africaine passe le plus clair de son temps à s’amuser pendant que celle de l’Inde, de la Chine, de l’Occident fréquente les bibliothèques, s’investit dans la recherche et la réflexion. À force de danser, la première risque de se laisser surprendre et dominer par la seconde. C’est à croire que nous n’avons pas pris au sérieux le message d’Henri Lopes dans « Tribaliques ».

Si notre enseignant est convaincu que trop danser n’est pas un problème pour l’Afrique, s’il est persuadé que c’est par le divertissement sans fin que nous imposerons le respect aux peuples plus austères, qu’il nous le démontre de façon argumentée au lieu de verser dans des insultes telles que « reptiliens puants ». Les insultes ne sont pas des arguments. C’est le signe d’une faiblesse argumentative et d’une incapacité à raisonner. Un vrai universitaire n’insulte pas. Il essaie de convaincre en soutenant son point de vue par des faits vérifiables par tous.


Jean-Claude Djéréké

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