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Port autonome de Kribi : l’OPA sonde les zones d’ombre pour renforcer la compétitivité

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Séance de présentation du rapport

Neuf ans après sa mise en service, le port autonome de Kribi se retrouve sous le radar de l’Observatoire des Pratiques Anormales, dont l’enquête met en lumière les dysfonctionnements silencieux qui freinent le transit, renchérissent les coûts et menacent l’ambition sous-régionale du Cameroun.

Séance de présentation du rapport

L’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) y a présenté, en décembre 2025, les premiers jalons d’une enquête consacrée aux dysfonctionnements susceptibles de freiner la performance de cette infrastructure stratégique du Sud Cameroun. Après le port autonome de Douala et les corridors Douala-N’Djaména et Douala-Bangui, l’OPA étend ainsi son champ d’analyse à une plateforme appelée à jouer un rôle clé dans l’intégration sous-régionale.

Porté par l’Institut sous-régional de statistique et d’économie appliquée (ISSEA) et financé par l’Union européenne, l’OPA n’avance pas en procureur, mais en instrument de diagnostic. L’objectif affiché n’est pas de stigmatiser, encore moins de délégitimer, mais d’identifier les pratiques anormales qui alourdissent les coûts, rallongent les délais et entament la crédibilité logistique du port de Kribi auprès des opérateurs économiques. Dans une sous-région marquée par une forte concurrence portuaire, la moindre inefficacité se paie cash.

L’enquête menée par l’OPA s’est concentrée sur le transit de la cargaison, maillon sensible de la chaîne portuaire. Pendant trois semaines, les enquêteurs ont suivi pas à pas le parcours des marchandises, de l’accostage à la sortie du port, en s’appuyant sur une méthodologie élaborée en amont. Cette immersion visait à confronter les procédures officielles aux pratiques réelles, souvent façonnées par des habitudes informelles, des lenteurs administratives ou des coûts additionnels difficilement justifiables.

Pour le professeur Ngonthe, chef de projet adjoint de l’OPA, l’enjeu dépasse largement les murs du port de Kribi. Réduire les délais et les coûts de transit, simplifier les procédures et fluidifier les opérations constituent, selon lui, des leviers essentiels pour consolider la compétitivité du Cameroun et de ses voisins enclavés. Le Tchad et la République centrafricaine, principaux utilisateurs des corridors camerounais, scrutent en permanence les alternatives. Un port plus efficace est donc un argument économique et géopolitique.

La prudence qui entoure la publication des résultats traduit toutefois la sensibilité du sujet. Les conclusions définitives sont attendues courant janvier 2026, après une phase de partage avec les responsables du port autonome de Kribi. Cette démarche participative, assumée par l’OPA, vise à confronter les constats, à clarifier certains points et à éviter toute lecture biaisée. Elle débouchera sur un atelier réunissant autorités portuaires, commissionnaires agréés en douane et transporteurs, afin de formuler des recommandations opérationnelles.

Au-delà du cas de Kribi, cette initiative révèle une tendance de fond : la volonté de documenter, chiffres à l’appui, les entraves invisibles qui minent la compétitivité logistique en Afrique centrale. Dans un contexte où les investissements lourds ne suffisent plus à garantir la performance, la lutte contre les pratiques anormales apparaît comme un chantier décisif. Pour Kribi, l’exercice pourrait bien marquer un tournant, à condition que le diagnostic débouche sur des réformes effectives et suivies.

Jean-René Meva’a Amougou

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