La CAN aura refermé ses portes sur l’Afrique centrale comme on claque un livre trop vite lu.
Une histoire courte, mal ponctuée, et dont la fin laisse un silence lourd dans les gradins comme dans les chaumières. Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République Démocratique du Congo : quatre nations, un même destin, celui d’un départ prématuré et d’illusions abandonnées sur le sable de la compétition organisée par le Royaume chérifien.

Les Lions indomptables, derniers dépositaires d’un espoir régional presque ritualisé, ont vu leur parcours stoppé par le Maroc (0-2). Un match tendu, engagé, parfois confus, conclu sous le sceau d’un arbitrage qui continue d’alimenter les conversations. « À ce niveau, le football se joue sur des détails invisibles au grand public, et quand ces détails échappent à la logique du jeu, la frustration devient inévitable », confie un ancien international devenu consultant. Le Cameroun n’a pas démérité, mais il a semblé jouer sous tension, comme prisonnier de son propre statut, oscillant entre volonté de dominer et peur de mal faire.
Avant cet épisode, les Panthères du Gabon avaient déjà quitté la scène continentale à l’issue de la phase de poules, sans fracas, presque en silence. Même trajectoire pour le Nzalang Nacional et les Léopards, généreux dans l’effort mais limité dans l’expression. « La bravoure ne suffit plus. Les deux équipes ont alterné performances moyennes et insuffisances tactiques, sans parvenir à engranger le nombre de points nécessaires pour se qualifier. Les observateurs relèvent notamment un déficit de réalisme devant le but, une animation offensive limitée et une gestion parfois approximative des temps forts et faibles des rencontres.
« CAN de passage »
Avec un humour teinté d’amertume, certains supporters parlent désormais d’une «CAN de passage», où l’Afrique centrale se serait contentée d’un salut poli avant de reprendre l’avion. Mais derrière la formule se cache une réalité plus sévère. Inconstance tactique, gestion émotionnelle approximative, profondeur de banc limitée : la sous-région semble encore vivre sur son aura. « Le prestige ne joue plus à votre place », tranche un analyste. Dans une Afrique du football de plus en plus structurée, l’absence de projet lisible devient un handicap rédhibitoire, surtout lorsque chaque adversaire arrive avec une identité affirmée.
Pourtant, tout n’est pas à jeter dans ce tableau contrasté. Des jeunes ont émergé, des profils intéressants ont attiré l’œil des recruteurs. « Le talent existe, mais il est mal canalisé, parfois livré à lui-même », observe un superviseur de clubs étrangers. La matière première est là, brute, encore désordonnée. Cette CAN laisse donc une double impression : celle d’un immense gâchis à court terme, mais aussi d’une opportunité. Car le football, comme le désert, récompense ceux qui savent lire les signes avant qu’il ne soit trop tard.






