Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani ont fait un choix historique: rompre avec l’ancienne puissance coloniale. Ce choix n’est ni impulsif ni idéologique au sens étroit du terme. Il est le fruit d’une longue observation et d’une douloureuse prise de conscience.

Pendant des décennies, cette puissance a pillé les richesses de leurs pays sans jamais créer les conditions d’un développement réel. Pire encore, au fil du temps, de nombreux indices ont laissé apparaître une réalité troublante: elle entretenait des relations ambiguës, voire des complicités, avec les groupes terroristes qui sèment la mort, incendient les villages et endeuillent les populations du Sahel.
C’est face à cette imposture que les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel ont décidé de rompre. Une rupture assumée, courageuse et, surtout, salutaire. Depuis, Traoré, Goïta et Tiani remportent chaque jour des victoires sur le terrorisme, reconstruisent leurs États et s’efforcent d’améliorer concrètement les conditions de vie de leurs populations. Les résultats ne sont peut-être pas parfaits, mais ils sont visibles: regain de souveraineté, fierté retrouvée, sentiment que l’État n’est plus absent ni complice du malheur des citoyens.
Ce qui frappe dans leur trajectoire, c’est qu’ils accomplissent tout cela sans avoir travaillé à la BCEAO, au FMI ou à la Banque mondiale. Ils n’ont pas étudié à Harvard, à la Sorbonne ou à la London School of Economics. Ils ne se sont jamais prévalus de titres ronflants de professeur ou de docteur. Non par mépris du savoir, mais parce qu’ils ont compris une chose essentielle: ce qui compte en définitive, ce n’est pas l’accumulation de diplômes, mais ce qui est fait pour le bonheur du peuple, pour le sortir de l’ignorance, de la pauvreté et de l’obscurantisme.
Cette réalité pose une question dérangeante: pourquoi tant d’Africains formés en Europe et en Amérique du Nord, bardés de diplômes prestigieux, n’ont-ils pas été capables de faire en six décennies ce que les dirigeants de l’AES ont réalisé en à peine trois ans ? Pourquoi ces élites, si promptes à exhiber leurs parchemins, ont-elles si souvent échoué à transformer la vie quotidienne de leurs concitoyens ?
Il ne s’agit pas ici de nier l’importance des diplômes ou de dénigrer la formation académique. Le savoir est précieux, l’éducation est indispensable et aucun peuple ne peut se développer durablement sans intellectuels compétents. Mais le problème surgit lorsque les titres deviennent une fin en soi, lorsqu’ils servent davantage à impressionner qu’à servir. Trop souvent, en Afrique, on confond compétence et accumulation de diplômes, intelligence et capacité à citer des universités étrangères prestigieuses.
Un diplôme ou un titre académique ne vaut rien s’il n’est pas mis au service du bien commun. Il ne vaut rien si celui qui le détient n’est même pas capable de dénoncer la plus petite injustice autour de lui, s’il ferme les yeux sur la corruption, l’arbitraire ou la souffrance du peuple pour préserver sa carrière ou ses privilèges. Il ne vaut rien s’il sert à justifier l’inaction, la soumission ou la trahison des intérêts nationaux.
Traoré, Goïta et Tiani, eux, ont choisi une autre voie. Ils ont compris que gouverner, ce n’est pas réciter des théories apprises dans des amphithéâtres occidentaux, mais prendre des décisions courageuses, parfois risquées, toujours orientées vers la dignité et la souveraineté du peuple. Ils ont compris que la légitimité ne vient pas d’un CV impressionnant, mais de la confiance des populations et de la cohérence entre le discours et les actes.
Quand j’écris un article, ce qui touche ou marque le lecteur, ce n’est pas mon éventuel titre de docteur ou de professeur. C’est la profondeur de l’analyse, la justesse du propos, la cohérence de l’argumentation. Il en va de même en politique. Ce qui compte, ce n’est pas ce que l’on est sur le papier, mais ce que l’on fait dans la réalité. Les peuples ne mangent pas les diplômes, ils mangent le fruit des politiques publiques justes et efficaces.
Il est donc temps de sortir du fétichisme des titres. Assez de fanfaronnade, de plastronnage, de cette obsession maladive à vouloir impressionner par des références académiques étrangères. L’Afrique n’a pas besoin de dirigeants qui récitent leur parcours universitaire. Elle a besoin de leaders capables de protéger leur peuple, de défendre leurs ressources, de garantir la sécurité et de redonner espoir.
L’expérience de l’AES montre que l’histoire ne se fait pas toujours dans les grandes universités, mais souvent sur le terrain, au contact direct des réalités. Elle rappelle que la vraie intelligence politique se mesure à l’impact concret sur la vie des populations. Et c’est peut-être là la plus grande leçon que Traoré, Goïta et Tiani donnent aujourd’hui à toute l’Afrique.
Jean-Claude DJEREKE






