Le diagnostic partagé reste sans concession. Entre pressions budgétaires, besoins massifs de financement des infrastructures et accès encore limité aux marchés financiers régionaux, la gestion de la dette publique demeure un exercice d’équilibriste.

Réunis du 10 au 12 décembre 2025 à Douala (Cameroun), les experts en gestion de la dette publique de la CEMAC ont tenté de répondre à une question aussi technique que politique : comment mieux gérer une dette devenue centrale dans les équilibres macroéconomiques des États d’Afrique centrale. Sous la présidence de Nicolas Beyeme-Nguema, représentant la Commission de la CEMAC, la rencontre a mis en lumière les fragilités persistantes, mais aussi les marges de progrès d’une zone souvent jugée vulnérable sur le front de l’endettement. Les échanges ont souligné les insuffisances en matière de planification, de transparence et d’harmonisation des pratiques, malgré l’appui constant de partenaires comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Dans ce contexte, la dette n’est plus seulement un indicateur comptable, mais un véritable révélateur de la capacité des États à piloter leurs politiques économiques.
C’est précisément pour répondre à ces défis qu’a émergé l’idée forte de cette réunion : la création d’une Académie de gestion de la dette publique de la CEMAC. Inspirée de l’expérience de l’UEMOA, cette structure ambitionne de mutualiser les compétences, professionnaliser les acteurs et instaurer une culture commune de la dette. Un choix stratégique, à l’heure où les marchés sanctionnent de plus en plus sévèrement l’improvisation et l’opacité.
La présence conjointe des institutions communautaires – BEAC, BDEAC, COSUMAF, BVMAC – et de partenaires extérieurs comme la Banque africaine de développement ou l’Agence française de développement illustre l’enjeu régional et international de la démarche. La dette de la CEMAC n’est plus une affaire strictement nationale ; elle engage la crédibilité de toute la sous-région.
Autre point clé : la recommandation de conduire des évaluations DeMPA dans tous les États membres. Cet exercice, souvent redouté, pourrait pourtant servir de boussole pour des réformes ciblées et réalistes. À Douala, le message a été clair : sans renforcement rapide des capacités humaines et institutionnelles, la soutenabilité de la dette restera fragile.
En filigrane, cette réunion traduit une prise de conscience collective. La CEMAC ne cherche plus seulement à gérer la dette, mais à la maîtriser. Reste désormais à transformer les résolutions techniques en décisions politiques durables. C’est à ce prix que l’Académie annoncée cessera d’être une bonne idée pour devenir un véritable levier de souveraineté économique.
Jean -René Meva’a Amougou





