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Balance extérieure : la CEMAC face au mur de sa vulnérabilité

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À en croire le Rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025-2026, la sous-région continue de consommer plus qu’elle ne produit pour l’extérieur, tout en dépendant fortement de marchés qu’elle ne contrôle pas.

À l’examen des perspectives macroéconomiques 2025-2026, la situation des échanges extérieurs apparaît comme le point de tension majeur des économies de la CEMAC. La balance courante, transferts publics inclus, resterait déficitaire à hauteur de -3,7 % du PIB en 2025, avant une amélioration attendue en 2026. Un chiffre qui, à lui seul, résume une réalité structurelle persistante : la sous-région continue de consommer plus qu’elle ne produit pour l’extérieur, tout en dépendant fortement de marchés qu’elle ne contrôle pas.

Causes
Cette contre-performance s’explique principalement par la détérioration marquée des termes de l’échange, estimée à -13,1 % en 2025. En cause, la volatilité des prix internationaux du pétrole, du gaz et des autres matières premières, cœur battant mais fragile des économies de la zone. « Tant que la structure des exportations restera aussi concentrée, chaque choc externe se transformera mécaniquement en choc interne », analyse Didier Abega, économiste camerounais, spécialiste du commerce international. Pour lui, la CEMAC subit davantage la mondialisation qu’elle ne l’exploite.

Les tensions géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient viennent accentuer cette fragilité. Elles pèsent sur les coûts de l’énergie, les chaînes logistiques et les équilibres commerciaux mondiaux. Dans ce contexte, l’amélioration projetée en 2026 apparaît moins comme le fruit d’une transformation structurelle que comme un simple ajustement conjoncturel. « On parle d’un rebond technique, pas d’un changement de modèle », prévient Aline Ndinga Obam, analyste macroéconomique basée à Libreville.

La dépendance aux importations constitue un autre facteur aggravant. Produits alimentaires, biens manufacturés, équipements industriels : la facture extérieure reste lourde, tandis que la base productive locale peine à suivre. Cette asymétrie pèse durablement sur les comptes extérieurs et limite l’efficacité des politiques de stabilisation. « On ne peut pas corriger un déficit courant uniquement par la discipline budgétaire », souligne Abega. « Sans politique industrielle et commerciale offensive, l’équilibre restera artificiel. »

Pour autant, certains indicateurs apportent un relatif soulagement. Grâce à l’augmentation des avoirs extérieurs bruts, la couverture des importations de biens et services atteindrait près de cinq mois en 2025, avant de s’améliorer encore en 2026. Une marge de sécurité appréciable, mais insuffisante pour dissiper les inquiétudes de fond. « Les réserves achètent du temps, pas de la résilience », résume David Nembot, expert financier camerounais.

À regarder de près, la balance extérieure demeure le révélateur le plus sincère des limites du modèle économique de la CEMAC. Tant que la diversification productive restera un slogan plus qu’une réalité, chaque amélioration restera fragile, réversible, dépendante de facteurs exogènes. La question n’est donc plus de savoir si la balance courante va s’améliorer, mais combien de temps la sous-région acceptera de vivre sous perfusion extérieure avant d’engager, enfin, une véritable transformation de son commerce et de sa production.

Jean -René Meva’a Amougou

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