La Beac semble ainsi engagée dans une phase de gestion fine des équilibres, où chaque ajustement devra concilier exigences externes et attentes internes.

Les décisions issues de la session du Comité de politique monétaire du 15 décembre 2025 illustrent les contraintes croissantes auxquelles fait face la zone Cemac à l’approche de 2026. Les prévisions macroéconomiques actualisées pour 2025 confirment un ralentissement de la croissance régionale à 2,4 %, contre 2,7 % en 2024. Ce recul, bien que modéré, intervient dans un contexte où les États espéraient une dynamique plus robuste pour soutenir l’emploi, l’investissement et la consolidation budgétaire.
La baisse marquée de l’inflation, projetée à 2,2 % contre 4,1 % en 2024, constitue un signal positif. Elle témoigne d’un apaisement des tensions sur les prix et offre, en théorie, un espace de manœuvre aux politiques économiques. Pourtant, cette amélioration masque des déséquilibres plus profonds, notamment sur le plan externe. Le solde budgétaire régional s’améliorerait légèrement à -1,4 % du PIB, mais cette progression reste insuffisante pour absorber le choc lié à la dégradation du compte courant, attendu à -2,9 % du PIB, contre un excédent observé l’année précédente.
Cette situation affecte directement les réserves de change, dont le recul à 6 377,3 milliards de FCFA au 31 décembre 2025 réduit la couverture des importations à 4,2 mois. La baisse du taux de couverture extérieure de la monnaie à 67,0 % illustre une vulnérabilité accrue face aux chocs externes, dans une région encore fortement dépendante des recettes d’exportation de matières premières. Pour la banque centrale, cette évolution limite les options possibles et impose des arbitrages délicats.
C’est dans ce cadre que le CPM a décidé de relever les taux directeurs clés, notamment le taux des appels d’offres à 4,75 % et celui de la facilité de prêt marginal à 6,25 %. Ce resserrement vise à freiner la dégradation des comptes extérieurs et à restaurer un minimum de marges de sécurité. Toutefois, le maintien du taux de la facilité de dépôt à 0,00 % et des coefficients de réserves obligatoires traduit la crainte de pénaliser excessivement le financement de l’économie réelle.
À l’horizon 2026, ces décisions dessinent une trajectoire prudente, marquée par la volonté de préserver la stabilité monétaire sans étouffer une croissance déjà sous contrainte. La Beac semble ainsi engagée dans une phase de gestion fine des équilibres, où chaque ajustement devra concilier exigences externes et attentes internes. La crédibilité de cette stratégie dépendra de l’évolution des marchés internationaux et de la capacité des États à renforcer leurs fondamentaux économiques.
Jean -René Meva’a Amougou






