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Ne jamais oublier la lutte de nos héros

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« Remember Ruben » est un roman publié en 1974 par Mongo Beti. C’est l’histoire de Ruben Um Nyobè assassiné le 13 septembre 1958 par la France pour son combat pour la vraie indépendance du Cameroun.

Ce roman parut deux ans après l’essai « Main basse sur le Cameroun. Autopsie d’une décolonisation » censuré en France et dans le Cameroun d’Ahidjo, le valet de la France, parce qu’il révélait des vérités dérangeantes.

Pourquoi ce passage de l’essai à la fiction pour aborder le même sujet (les exactions de la colonisation française)? Parce que, « en France, il y a une tradition de ne pas saisir tout ce qui est une œuvre d’art. Donc, j’ai trouvé là une astuce pour dire sous une forme romanesque ce que j’avais déjà dit et qui n’avait pas été autorisé dans le pamphlet », expliquera Mongo Beti dans un entretien accordé en 1979 à Anthony Omoghene Biakolo.

Ici ou là, l’objectif reste le même: produire un contre-discours, proposer un autre narratif sur la colonisation dont certains esprits mesquins et racistes en France continuent de vanter les prétendus avantages, « attirer l’attention sur la mémoire historique des peuples noirs » (Ambroise Kom). Mais il sagit surtout, pour Mongo Beti, d’amener les Africains à trancher la question que se posent les deux personnages Abena et Mor-Zamba: reproduire par le mariage une société pourrie ou bien rompre avec cette reproduction par la guerre?

Mongo Beti ne répond pas à la question. Ce qu’il veut avant tout, c’est rendre hommage à une grande figure de la lutte émancipatrice: Ruben Um Nyobé. Ilvsouhaite que les Africains épris de justice et de liberté se souviennent toujours de ce digne et brave fils du continent. D’où le titre du roman: Remember Ruben. Se souvenir de la lutte menée par lui, Félix-Roland Moumié, Osendé Afana, Ernest Ouandié et tant d’autres. Se rappeler que, quand on dit que « l’Histoire appartient au peuple, c’est le peuple qui la fait » (Salvador Allende), il est uniquement question d’hommes et de femmes capables de se lever pour dire non à l’oppression, à la dictature, à l’injustice, à la domination, etc.
Georges Anicet Ekane était imprégné de cette vérité. Il avait épousé la noble cause de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Il était à Bafoussam, le 15 janvier 1971, quand Ouandié était fusillé sur ordre d’Ahidjo. Cette mort violente ne l’avait pas découragé, bien au contraire.
Nous devons avoir une conscience nationale forte comme Ekane, comme Ruben, comme Mor-Zamba qui, à sa sortie de prison, décide de participer à la lutte de libération en rejoignant les Rubénistes.

À travers le personnage de Mor-Zamba, Mongo Beti appelle-t-il à une politisation de la population qui, selon Frantz Fanon, consiste à éveiller les esprits ou à « faire comprendre aux masses que tout dépend d’elles »(Aimé Césaire)?
Je suis tenté de le croire. Une chose est certaine: Mongo Beti est et restera, pour moi, l’écrivain et l’Africain qui se sera employé à « se mettre au service de ceux qui subissent l’Histoire », pour reprendre la belle formule d’Albert Camus pendant la réception du prix Nobel de littérature, le 10 décembre 1957 à Oslo.

Se souvenir de Ruben, aujourdhui, c’est peut-être soutenir ceux qui mènent le combat de la souveraineté et de la liberté au Mali, Burkina et Niger. Ce que font les courageux dirigeants de ces pays me dit que Ruben et ses compagnons n’ont pas lutté en vain.


Jean-Claude Djéréké

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