À Yaoundé, en coulisses du marché de Noël, les ateliers improvisés tournent à plein régime. Les jouets aussi ont leur seconde chance, même quand la magie passe d’abord par un bon bain savonneux.

À l’approche de Noël, certains commerces de Yaoundé s’activent discrètement pour donner une seconde chance… aux jouets oubliés. Derrière une grande enseigne du carrefour Mvog-Mbi, Paul s’affaire ce mercredi 3 décembre : il nettoie, astique et répare des jouets invendus, achetés à faible coût dans des magasins de la capitale. Leur mission ? Revenir sur les étals comme neufs, en pleine saison festive.
« Le problème, ce n’est pas le recyclage mais la manière », glisse une jeune passante en observant la scène. « Il va les vendre au prix du neuf ! Le Camerounais est malhonnête », renchérit son amie, sur un ton mi-ironique mi-résigné. Les excuses classiques, elles les connaissent : « la guerre en Ukraine » ou « le port bloqué ».
Paul, lui, assume. Les regards critiques ne l’atteignent guère.
« Je vais sauver beaucoup de Camerounais ce Noël », lance-t-il avec une pointe d’ironie, tout en rinçant une dernière poupée. À ses côtés, son jeune frère récupère les pièces déjà séchées. Commence alors un minutieux travail de restauration : motifs collés, vêtements remis au goût du jour.
« Les poupées doivent être habillées version 2025. Comme ça, elles sont neuves et tout le monde gagne », explique-t-il, sûr de son affaire.
Sur les prix, Paul reste flou. « Ça dépendra du marché », esquive-t-il, sourire au coin des lèvres.
À quelques mètres, dans les allées où les couturiers réparent et customisent les vêtements, Robert, l’un des artisans du marché de Mvog-Mbi, prépare une grosse commande.
« Un ami qui vend les jouets m’a demandé 50 tenues pour poupées », confie-t-il. Mais il met tout de suite une limite : pas de vêtements pour poupées masculines. « Il veut me tuer avec le travail ! Les chemises et pantalons, c’est trop compliqué », plaisante-t-il.
Les poupées ne sont pas les seules à retrouver une jeunesse. Voitures miniatures, pianos-jouets, vélos : tout passe par la cure de jouvence. À Messamendongo, le 4 décembre, une brocante tourne à plein régime pour laver une pile de bicyclettes destinées à un distributeur. Entre les jeunes laveurs, les tensions montent : l’un aurait accaparé plus de vélos que les autres.
Mais la gérante tranche d’un ton ferme :
« Je ne veux pas de bruit. On travaille sereinement. »
L’ordre revient, et le partage du travail se fait plus équitable.
André Gromyko Balla