Home PANORAMA Exportation massive de manioc vers l’Inde : L’opportunité commerciale qui divise

Exportation massive de manioc vers l’Inde : L’opportunité commerciale qui divise

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L'or blanc du Cameroun pour l'alimentation de l'homme et du bétail

Entre arguments sur l’impact de cette transaction sur le marché intérieur et débouchés pour les producteurs, les avis convergent vers la nécessité de booster la production agricole.

L’or blanc du Cameroun pour l’alimentation de l’homme et du bétail

Le ministre camerounais du commerce a interpellé mardi, 2 décembre 2025, les associations de producteurs de manioc sur une opportunité commerciale d’envergure. Celle-ci est relative à l’intention d’achat, par une société indienne non mentionnée, d’un important stock de manioc déshydraté destinée à l’industrie bovine et laitière. « Il s’agit là d’une excellente opportunité à saisir, de nature à contribuer à la résorption du chômage dans notre pays et pourvoyeuse potentielle de devises précieuses pour le financement de l’économie nationale », c’est par ces mots, que le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, conclut la présentation du projet porté par son département ministériel. Cette sortie intervient dans un contexte social marqué par le coût élevé de certains aliments (macabo, plantain, banane, sur le marché local ; contribuant ainsi à fortifier la position du manioc au centre de l’alimentation des Camerounais, avec une moyenne annuelle estimée à100 kg par habitant. Pourtant la demande locale de manioc reste élevée à l’offre. Elle est actuellement de 50 millions de tonnes face à une production chiffrée à 19 millions de tonnes en 2024, selon des données officielles. Cette réalité n’est pas du tout pour rassurer l’économiste Louis-Marie Kakdeu. Celui-ci s’y appuyant craint l’exacerbation d’une crise sociale. “Le gouvernement ne peut pas favoriser l’exportation du peu de production du pays sans aggraver la crise sociale. Si les Camerounais n’avaient que deux repas par jour, le gouvernement ne peut plus soutenir une politique qui vise à leur réduire un repas”. Martèle-t-il.

Débouchés pour les producteurs
Loin des seules considérations sociales, l’appréciation de l’opération annoncée tient compte des réalités des retours sur investissements des producteurs agricoles. Ces derniers pratiquant ces cultures dans des localités désenclavées pour la plupart. “C’est une bonne opportunité dans la mesure où nous avons beaucoup de difficultés pour écouler le manioc. Le manioc se cultive dans l’arrière-pays et pour le sortir, c’est souvent difficile surtout pour la farine. Et aussi, dans la mesure où c’est destiné au bétail, ça ne demande pas d’exigence sur la qualité aux niveaux requis pour l’alimentation humaine. C’est une bonne opportunité pour les populations des villages qui enregistrent des pertes sur la production parce que ne pouvant tout écouler”, soutient le président de la Plateforme nationale des producteurs de farine locale. Lequel organisme réunit en son sein des producteurs de semence, des agriculteurs, des entreprises meunières dans l’optique de promouvoir des farines composées à base des produits locaux tels : le manioc, le maïs, la patate, la banane-plantain.

De tous côtés, des récriminations sont exprimées. Pour Louis-Marie-Kakdeu, la mise-en-garde porte sur les effets négatifs de l’importation massive du manioc camerounais sur l’industrie locale. A l’heure notamment de l’implémentation de la politique d’import-substitution qui cible prioritairement le développement des chaines de valeur agricoles. “Le Ministre du commerce devrait créer par exemple des bourses agricoles ou alimentaires qui permettent d’avoir la pleine maîtrise du niveau de production réelle du pays en temps réel, en vue de favoriser ou non l’importation ou l’exportation de certains produits. En clair, l’on structure les producteurs nationaux par secteurs d’activité et l’on s’assure de savoir par jour, par semaine ou par mois le niveau réel de production du pays. Cela permet de savoir quelle quantité et quelle qualité de produit le pays peut importer ou exporter. On ne peut entrer dans le circuit long (importation ou exportation) que si le circuit court (marché local ou national) est saturé ou vide en fonction des cas”, indique-t-il. De quoi remettre au gout du jour la question de l’augmentation de la production nationale de manioc et de l’encadrement des opérations commerciales initiées.

Entreprise qui nécessite, du point de vue monsieur Njile, une concertation entre le gouvernement et les producteurs de farine locale. “Le ministre devrait connaitre qu’il y a une plateforme de producteurs de manioc pour qu’on discute ensemble de plusieurs paramètres. Il ne faut pas seulement exporter, mais à quel prix. Il y a le prix fort, il y a également le tonnage. On doit connaitre le tonnage par mois ou par an. Il y a le manioc, oui, mais il y a aussi le maïs. Que lest la proposition du Cameroun par rapport à cette denrée ? Parce que souvent nous voulons importer beaucoup de maïs ailleurs alors qu’avec le même manioc pour nourrir le bétail au Cameroun. Donc, il y a beaucoup de mécanisme qui doivent être envisagés avant de se lancer dans ce marché”, souligne-t-il. La suite de son discours évoque des questions d’organisation de la filière manioc afin d’étendre l’activité agricole autour de cet élément.

Louise Nsana

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