D’après l’Observatoire national sur les changements climatiques (Onacc), entre 1980 et 2022, les aléas climatiques ont englouti près de 6 710 milliards FCFA, soit plus de 24% du produit intérieur brut.

Au Cameroun, le poids des dérèglements climatiques n’est plus une menace abstraite mais une réalité chiffrée, lourde, presque étouffante. L’Onacc estime qu’entre 1980 et 2022, les aléas climatiques ont englouti près de 6 710 milliards FCFA, soit plus de 24% du produit intérieur brut. Ce montant vertigineux, cité dans l’exposé des motifs du projet de loi sur la production biologique actuellement en examen au Parlement, agit comme un rappel brutal : l’agriculture camerounaise demeure dangereusement dépendante des pluies et des saisons.
Cette dépendance, souligne l’Onacc, impose un changement profond des modes de production. La sécurité alimentaire n’est plus un horizon souhaité, mais un impératif urgent dans un pays où des millions de familles dépendent d’un climat devenu imprévisible. Le Plan national Climat, publié en 2024, vient accentuer cette gravité en prévoyant une intensification des phénomènes extrêmes au cours des prochaines décennies : sécheresses sévères, inondations dévastatrices, irrégularités saisonnières qui perturberont durablement les rendements.
Pics de vulnérabilité
Les régions soudano-sahélienne, des hautes savanes guinéennes et des hauts plateaux de l’Ouest apparaissent comme les zones les plus vulnérables. Ces espaces, déjà éprouvés par la variabilité climatique, pourraient devenir les épicentres d’une crise agricole aggravée. Les projections de la Banque mondiale, reprises dans le même rapport, annoncent qu’entre 2040 et 2049, les pertes agricoles grimperont de manière alarmante : entre 3% et 6% dans un scénario de faible réchauffement, et jusqu’à 12% à 18% dans un scénario plus sévère.
Particulièrement exposées, les régions du Nord et de l’Extrême-Nord cumulent des risques absolus élevés et des pertes relatives supérieures à la moyenne nationale. Leur vulnérabilité économique pourrait franchir un seuil critique si aucune adaptation robuste n’est mise en place. Face à ce panorama inquiétant, le gouvernement mise sur la production biologique comme un instrument stratégique de résilience, une manière de réinventer l’agriculture pour la rendre plus durable, plus résistante et capable d’amortir les chocs répétés. Cette orientation ne relève pas d’un simple choix politique, mais d’une nécessité dictée par la gravité des projections climatiques.
La production biologique, en promouvant des pratiques plus respectueuses des sols, une gestion économe de l’eau et une diversification accrue des cultures, pourrait devenir l’un des piliers d’une adaptation réussie. Toutefois, cette transition exige des investissements soutenus, une formation renforcée des producteurs et une véritable appropriation des nouvelles pratiques. Les experts rappellent que la lutte contre les effets du changement climatique ne se gagnera pas uniquement dans les textes ou les discours, mais dans la capacité du pays à transformer en profondeur ses pratiques agricoles. Sans cela, les pertes déjà monumentales pourraient n’être que le prélude à une crise encore plus sévère. Dans ce contexte, chaque saison, chaque récolte, chaque décision publique prend un poids nouveau. Le Cameroun se trouve à un moment charnière, où le choix d’agir ou de subir déterminera durablement son avenir agricole et social.
Jean René Meva’a Amougou



