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Le Cameroun au Conseil exécutif de l’UNESCO : Au-delà de la victoire diplomatique

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Entre ambition régionale et responsabilités internationales, le pays devra prouver que son élection n’est pas une simple victoire protocolaire, mais le début d’une influence réelle au service de la culture, de l’éducation et de la science en Afrique.

Le Cameroun vient d’être élu au Conseil exécutif de l’UNESCO pour la période 2025-2029. Une victoire diplomatique célébrée à Yaoundé comme une reconnaissance du rôle du pays dans la promotion du dialogue culturel et éducatif. Mais derrière la solennité protocolaire, cette élection soulève une question essentielle : que fera le Cameroun de ce siège d’influence?

Un retour dans le cercle des décideurs mondiaux

Composé de 58 États membres, le Conseil exécutif de l’UNESCO définit les grandes orientations de l’organisation dans les domaines de l’éducation, de la culture, des sciences et de la communication. Pour le Cameroun, ce retour marque une présence retrouvée dans un espace où se négocient les grandes politiques mondiales du savoir. « Ce siège n’est pas une récompense, mais une responsabilité », estime Pr. Henri Onana, expert en relations internationales à l’Université de Yaoundé II. « Le Cameroun doit démontrer qu’il peut défendre une vision africaine du développement culturel et éducatif, fondée sur l’équité et la diversité».

Le pays pourra désormais peser sur les débats relatifs à la réforme de l’éducation, à la formation numérique et à la valorisation des langues africaines. Pour Dr. Béatrice Mvondo, spécialiste des politiques éducatives, « cette élection intervient dans un contexte mondial marqué par les inégalités d’accès au savoir et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, deux thèmes au cœur des travaux de l’UNESCO. Le Cameroun peut utiliser cette tribune pour plaider en faveur d’une école adaptée à la réalité africaine, ouverte aux innovations sans renier les identités locales ».

Un défi d’influence

Etre élu, c’est une étape. Peser, c’est un défi. Le Cameroun devra désormais faire entendre sa voix dans les débats sur la liberté académique, la diversité linguistique et la place des jeunes dans la recherche. Depuis plusieurs années, Yaoundé mise sur la diplomatie du “soft power” à travers la valorisation du patrimoine immatériel, la musique, les langues et la diversité. Mais selon l’analyste culturelle Nadia Ekani, « ces actions manquent encore de cohérence stratégique. L’élection au Conseil exécutif doit servir à bâtir une politique culturelle extérieure claire, articulée autour des valeurs africaines de dialogue et de solidarité ». « L’Afrique ne doit plus être spectatrice dans les grandes décisions éducatives mondiales », conclut le diplomate Jean-Bernard Ngoh, ancien diplomate auprès de l’UNESCO. « Ce siège offre une chance d’influer sur les normes et d’affirmer une parole africaine crédible et ambitieuse ». Au-delà du protocole, le Cameroun tient là une opportunité : transformer le prestige diplomatique en leadership culturel durable.

Jean -René Meva’a Amougou

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