Pas une semaine ne passe sans qu’Alassane Ouattara ne s’envole pour la France. Il y a à peine trois jours, encore, il prenait le chemin de l’Hexagone, laissant derrière lui les préoccupations d’un peuple ivoirien de plus en plus inquiet, voire indigné.

Ces déplacements fréquents et parfois mal expliqués alimentent les critiques les plus acerbes sur sa gestion du pouvoir, sa souveraineté politique et son rapport aux institutions nationales. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer non seulement le coût de ces voyages, mais surtout ce qu’ils symbolisent : le désengagement d’un chef d’État vis-à-vis de son propre pays, et sa dépendance quasi systématique à l’égard de l’ancienne puissance coloniale.
Un chef d’État qui semble vivre à l’étranger
L’une des premières interrogations légitimes que suscitent ces nombreux voyages en France concerne leur fréquence. Pourquoi Alassane Ouattara ressent-il le besoin, presque obsessionnel, de se rendre aussi souvent à Paris ? Il est désormais difficile d’ignorer l’impression qu’il passe plus de temps en France qu’en Côte d’Ivoire. Ce constat est d’autant plus troublant que la situation socio-économique du pays mérite une présence constante et un engagement quotidien de son président. Qu’il s’agisse de problèmes de santé ou de réunions diplomatiques, ces déplacements, devenus une routine, trahissent un malaise profond. S’il s’agit, comme certains le supposent, de soins médicaux, alors c’est une véritable gifle infligée au système de santé ivoirien. Un président qui ne se soigne pas dans son pays indique clairement qu’il n’a ni confiance dans les hôpitaux nationaux, ni volonté de contribuer à leur amélioration. Cela revient à dire : « Je mérite les meilleurs soins, ailleurs, pendant que vous, le peuple, devez vous contenter du minimum. » Une posture inacceptable, surtout lorsqu’on sait que ces soins à l’étranger sont financés par le contribuable ivoirien.
Une dépendance politique inquiétante
Mais si les séjours répétés d’Alassane Ouattara en France ne sont pas motivés par des raisons médicales, alors il faut poser une autre question plus grave encore: va-t-il y recevoir des instructions ? Cette hypothèse, que beaucoup jugeraient exagérée dans un autre contexte, trouve un écho particulier lorsqu’on se rappelle les propos tenus en 2021 par Nicolas Sarkozy. Dans un entretien accordé à deux journalistes français, l’ancien président français reconnaissait ouvertement que c’est bien la France qui a « installé » Ouattara au pouvoir en 2011. Ce type de déclaration alimente l’idée selon laquelle Ouattara serait plus un gouverneur qu’un président, plus un représentant d’intérêts extérieurs qu’un leader souverain. À une époque où les pays du Sahel – Mali, Burkina Faso, Niger – rompent résolument avec l’hégémonie française et affirment leur indépendance, l’attitude d’Alassane Ouattara fait figure d’exception triste et inquiétante. Au lieu de s’aligner sur cette vague d’émancipation panafricaine, il semble s’y opposer en s’accrochant à une relation inégalitaire, voire humiliante, avec Paris.
Le coût d’un luxe présidentiel
Outre les symboles politiques qu’ils véhiculent, ces nombreux voyages en France ont un coût économique important. Chaque déplacement présidentiel mobilise des ressources financières considérables: billets d’avion en première classe ou affrètement d’un avion spécial, hébergement dans des hôtels de luxe, sécurité, per diem pour les membres de la délégation, logistique, etc. En période de crise budgétaire, alors que des hôpitaux manquent de matériel, que des écoles sont délabrées, et que les jeunes peinent à trouver un emploi, cette forme de gaspillage paraît inacceptable. L’ironie de la situation réside dans le fait que Ouattara est un ancien économiste du Fonds monétaire international (FMI). On serait donc en droit d’attendre de lui une gestion rigoureuse et économe des deniers publics. Mais les faits donnent à voir tout le contraire. Comment un homme ayant passé sa vie à prêcher la rigueur budgétaire dans les pays en développement peut-il justifier de telles dépenses récurrentes ? Cette contradiction entre le discours et les actes finit par ôter toute crédibilité à son leadership.
Une absence révélatrice d’un échec politique
Derrière ces voyages à répétition se cache une vérité plus crue : le président Alassane Ouattara semble avoir échoué à s’ancrer durablement dans son rôle de chef d’État au service du peuple ivoirien. Un président confiant, fort, et engagé n’éprouve pas le besoin de fuir constamment son pays, surtout lorsqu’il n’est pas officiellement en mission. Le recours systématique à l’étranger pour les soins, les consultations ou les « repos » traduit, consciemment ou non, une forme de fuite, voire de rejet du pays qu’il dirige. Ouattara s’est-il seulement demandé une fois si Emmanuel Macron, président de la République française, va se soigner en Allemagne ou aux États-Unis ? Est-ce que d’autres chefs d’État africains, aussi puissants soient-ils, s’absentent aussi fréquemment et aussi discrètement de leurs pays ? Certainement pas. Cette pratique est d’autant plus inquiétante qu’elle affaiblit les institutions ivoiriennes, rend floue la ligne de gouvernance et laisse le champ libre aux spéculations les plus hasardeuses.
L’heure de la remise en question
Face à un tel tableau, la seule lecture possible est que le président Ouattara a échoué. Échoué à bâtir un système de santé digne, échoué à instaurer une souveraineté nationale effective, échoué à offrir une gestion exemplaire des finances publiques. Et lorsqu’un président échoue aussi lamentablement, il n’a qu’un seul devoir: se retirer, reconnaître ses limites, et rendre le tablier dans la dignité. S’accrocher au pouvoir malgré les échecs est une tentation dangereuse, souvent alimentée par des cercles d’intérêt, des calculs d’appareils ou des illusions personnelles. Mais l’Histoire retiendra que les plus grands dirigeants sont ceux qui ont su partir à temps, lorsqu’ils sentaient qu’ils ne servaient plus l’intérêt général. Alassane Ouattara a aujourd’hui l’occasion d’inscrire son nom dans l’histoire, non pas comme celui qui a duré, mais comme celui qui a compris que gouverner, c’est aussi savoir s’effacer.
Une question de dignité et de respect
La Côte d’Ivoire mérite mieux que cette présidence à mi-temps, ponctuée de voyages sans fin. Le peuple ivoirien mérite un dirigeant présent, enraciné, engagé. Il mérite un président qui se soigne dans les hôpitaux qu’il construit, qui montre l’exemple par son comportement, et qui incarne fièrement l’indépendance de son pays. Le comportement actuel d’Alassane Ouattara n’inspire ni respect, ni confiance. Il s’apparente de plus en plus à celui d’un homme fatigué, dépassé, qui cherche refuge ailleurs. Mais diriger un pays ne permet pas ce luxe. Être président, c’est servir, affronter, tenir bon. Et quand cela devient impossible, il faut partir.
Jean-Claude DJEREKE





