Home ACTUALITÉ Fin de Ramadan 2025: sur fond de liturgies dissonantes

Fin de Ramadan 2025: sur fond de liturgies dissonantes

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Pont de Ngueli pris d'assaut par de nombreux musulmans de Kousseri.

Le CNCL n’a pas affirmé avoir aperçu la lune. Le CCCL a émis des doutes. Quelques fidèles ont réfléchi autrement en sortant du Cameroun.

Pont de Ngueli pris d’assaut par de nombreux musulmans de Kousseri.

Cheikh Jamal Abba Adamou ne fait pas l’économie de sa colère. Interviewé par Télé Tchad ce 30 mars 25, le musulman camerounais s’émeut de l’imbroglio qui entoure la fin du jeûne du Ramadan dans son pays. « Au lieu d’apporter clarté et sérénité, des gens ont mimé confusion et frustration chez nous. Voilà pourquoi, grâce à la libre circulation entre le Tchad et le Cameroun, je suis parti de Kousséri pour venir prier et fêter l’Aïd-el-fitr ici à Ndjamena », dit-il. Tout en suggérant que la question de l’apparition de la lune au Cameroun soit discutée dans un débat qui se garde des caricatures et des amalgames, Cheikh Jamal Abba Adamou s’emploie à rappeler que « c’est le même Allah » qu’il aurait prié à Kousseri au Cameroun qui l’écoute également ici dans la capitale tchadienne. Ce qu’il dit aide à comprendre le choix de plusieurs autres fidèles musulmans de partir du chef-lieu du département du Logone-et-Chari pour venir dire leur foi à Ndjamena.


Incartades
Tout en évitant de parler d’un affrontement idéologique, une bonne partie de la communauté musulmane du Cameroun établit les débats autour de deux institutions. Selon des fidèles, le Conseil Camerounais du Croissant Lunaire (CCCL) et la Commission Nationale du Croissant Lunaire (CNCL) se sont fourvoyés dans des incartades inutiles. Pendant que le premier scrutait encore le ciel, la seconde annonçait déjà l’apparition de la lune à Sara Sara, dans le sultanat de Logone Birni, expose Hussaini Musa, un croyant musulman basé à Yaoundé. A l’en croire, les discours du CCCL et de la CNCL se sont inutilement répondu terme à terme. « C’est là qu’ils sont intervenus pour nourrir la confusion, bluffer la communauté musulmane du Cameroun», jure Djibrine Barka Oumar, muezzin à la mosquée de Mfou (Mefou-et-Afamba).
Sous cape, un dignitaire musulman approché par Intégration décrit la situation comme une « séquence où le rapport de force entre le CCCL et la CNCL a atteint un point d’incandescence ». « Cela montre bien comment opèrent les réseaux qui lient la sphère politique et la sphère religieuse musulmane dans notre pays. Avec le temps, et sans que l’on n’ait en perçu toute la portée et toutes les conséquences, ceux qui sont chargés de réguler les choses ont laissé libre cour aux désordres», souffle notre source.


Calculs
Pour trancher le débat, Cheikh Oümãr Âbãkãr, islamologue, s’en tient à quelques explications de portée générale. « Les fidèles célèbrent ce dimanche 30 mars l’Aïd el-Fitr. Mais dans d’autres pays, cette célébration aura lieu lundi, après un Ramadan de 30 jours. Pourquoi de telles différences ? L’explication réside dans la méthode de calcul de la fin du mois sacré musulman. Le calendrier est en effet basé sur les cycles de la lune. Il s’agit donc soit d’observer la lune à l’œil nu lors de la Nuit du Doute, soit de se fier à la science et à l’astronomie. C’est le cas en Turquie où, selon le calendrier officiel établi par la présidence des Affaires Religieuses, le Ramadan a pris fin samedi. En France, les calculs ont permis d’annoncer que samedi 29 mars sera également le dernier jour du mois de ramadan 2025 et que l’Aïd el-Fitr sera donc célébré le dimanche 30 mars. La date a été officiellement annoncée par le Conseil français du culte musulman (CFCM). En revanche, certains pays comme le nôtre se basent uniquement sur l’observation du ciel à l’œil nu, pouvant ainsi modifier la date de la fin du ramadan », démontre-t-il.

Jean-René Meva’a Amougou

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