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Déficit de financements : l’Afrique joue à la sécurité à crédit

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Faire taire les armes en Afrique : le grand défi

Entre fonds sous-dotés et dépendance aux financements étrangers, le continent voit ses ambitions institutionnelles freinées par un obstacle simple mais existentiel : l’argent qui manque cruellement.

Faire taire les armes en Afrique : le grand défi

« La sécurité africaine est aujourd’hui financée par la confiance étrangère, et non par la souveraineté des États », souligne l’experte en relations internationales nigériane Chiamaka Okoye. L’ironie, ajoute-t-elle avec un sourire pince-sans-rire, « c’est que l’Afrique doit parfois demander la permission pour sécuriser ses propres citoyens ». À l’observation, l’autonomie financière reste la condition sine qua non d’un système de sécurité continental crédible. Or, le Fonds pour la paix de l’Union africaine, malgré les réformes de l’Agenda 2063, demeure cruellement sous-doté. Dépendre des financements extérieurs (européens, onusiens ou bilatéraux) revient à jouer au funambule sur une corde fragile : « un arbitrage pris à Washington ou à Bruxelles peut instantanément compromettre des programmes critiques sur tout le continent », signale Guy-Maurille Massamba.

La dépendance financière a des effets concrets et dramatiques. L’appel humanitaire 2025 du HCR pour le Sahel, évalué à 409,7 millions de dollars, n’a été financé qu’à 32 %. Résultat : des coupes drastiques dans l’éducation et la santé, tandis que les opérations antiterroristes absorbent des ressources nationales déjà limitées. Pour l’économiste congolais David Mwangi, « c’est le paradoxe du cercle vicieux : plus on combat le terrorisme, plus on fragilise les populations, et plus le terreau de l’extrémisme s’élargit ». Même les experts les plus optimistes reconnaissent que sans financement prévisible, toute planification sécuritaire reste une construction sur du sable.

La résolution 2719 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU représente une avancée théorique majeure. Elle autorise pour la première fois le recours aux contributions réparties de l’ONU pour financer des opérations de soutien à la paix dirigées par l’UA. Plusieurs États membres et le représentant spécial pour l’Afrique de l’Ouest ont salué cette initiative. « C’est un pas dans la bonne direction », observe le professeur burkinabé Salif Traoré. « Mais il y a loin de la coupe aux lèvres : traduire cette résolution en flux financiers réguliers et fiables nécessite un consensus politique que le multilatéralisme actuel ne garantit plus ».

Le constat est clair : l’Afrique dispose d’une architecture institutionnelle ambitieuse et d’outils juridiques innovants, mais sans financement stable et autonome, toutes ces structures restent incapables de fonctionner pleinement. « On parle souvent de souveraineté sécuritaire, mais tant que le budget dépend de tiers, c’est un concept théorique », ironise le spécialiste marocain Youssef El Mansouri. Pour lui et de nombreux experts en géostratégie, le vrai défi n’est pas tant technique que politique : mobiliser collectivement des ressources continentales, rendre l’UA moins dépendante des décisions extérieures, et transformer l’ambition en capacité réelle d’action.

Jean-René Meva’a Amougou

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