Au moment où les salles de classe bruissent du frottement familier de la craie, une autre musique se fait entendre dans les couloirs administratifs : celle du contrôle.

Sous l’impulsion de la ministre des Enseignements secondaires (MINESEC), Pauline Nalova Lyonga, le Cameroun relance une vaste opération de recensement physique et biométrique des enseignants. Officiellement, il s’agit de remettre de l’ordre dans les fichiers et de s’assurer que chaque nom correspond bien à une présence devant élèves, et non à une silhouette administrative évaporée.
Annoncée dans une correspondance ministérielle adressée le 18 février dernier aux délégués régionaux des Enseignements secondaires, l’initiative a quelque chose d’un inventaire de rentrée… mais version trésor public. En effet, l’administration semble dire : « Montrez-nous votre visage avant de signer la feuille de présence ». Derrière la boutade, l’enjeu est sérieux. Les finances publiques cherchent à se protéger des effectifs fictifs, tandis que les établissements espèrent combler des absences qui, parfois, transforment les emplois du temps en puzzles impossibles. Autrement dit, s’assurer que derrière chaque matricule se trouve bien un enseignant en chair, en os… et devant tableau.
La convocation de milliers d’enseignants soupçonnés d’irrégularités, notamment après des voyages à l’étranger, révèle aussi un malaise plus profond. L’école camerounaise n’exporte pas seulement des talents ; elle perd parfois des bras et des voix indispensables. « Quand un professeur s’envole sans formalités, c’est souvent toute une classe qui reste en escale pédagogique », soupire la direction des ressources humaines du MINSEC.
On pourrait sourire de cette bureaucratie qui exige listes Excel, signatures et justificatifs, comme si l’enseignement se mesurait en cellules et en colonnes. Pourtant, la démarche rappelle une vérité simple : sans visibilité sur ses ressources humaines, aucun système éducatif ne tient durablement debout. La digitalisation promise apparaît alors comme un antidote aux zones d’ombre où prospèrent retards, doublons et oublis. L’opération se veut donc à la fois outil de discipline budgétaire et signal de fermeté. Elle rappelle que l’école ne peut fonctionner sur la base d’approximations.
Reste la question essentielle : contrôler suffit-il à fidéliser ? Car si la rigueur administrative est nécessaire, elle ne remplacera jamais des conditions de travail attractives, des classes moins surchargées et une reconnaissance tangible du métier. À force de compter les enseignants, encore faut-il réussir à les garder.
Entre opération vérité et signal politique, cette campagne ressemble à un rappel à l’ordre… mais aussi à un appel discret à repenser l’attractivité d’une profession sans laquelle aucun tableau noir ne peut vraiment s’éclairer.
Bobo Ousmanou





