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Intelligence artificielle dans les services publics : l’appropriation qui se justifie

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Photo de famille après le lancement de l'atelier de Yaoundé.

De la simplification des procédures à la lutte contre la fraude, l’IA transforme l’administration camerounaise. Mais derrière les algorithmes se cachent risques éthiques et juridiques que le pays doit anticiper, avant que les machines ne prennent trop de décisions.

Photo de famille après le lancement de l’atelier de Yaoundé.

L’intelligence artificielle (IA) représente aujourd’hui un levier stratégique pour la modernisation des administrations publiques au Cameroun. Ses applications permettent de simplifier les procédures, d’optimiser la planification, de renforcer la transparence et de lutter contre la fraude. Selon Dr Amadou Moussa, spécialiste en gouvernance numérique, « l’IA peut transformer les services publics en outils proactifs, capables de prédire les besoins des citoyens plutôt que de simplement réagir. Même si elle ne fait pas encore le café du matin des fonctionnaires… »

Toutefois, cette révolution technologique n’est pas sans défis. « L’IA offre au Cameroun l’opportunité de transformer profondément ses services publics, de rendre l’action gouvernementale plus efficace, transparente et prédictive. Cependant, le succès repose sur un équilibre subtil entre innovation, régulation, coordination et anticipation. Les avis convergent : sans cadre solide et transversal, l’IA risque de générer plus de problèmes qu’elle n’en résout, mais bien encadrée, elle peut devenir un catalyseur puissant de progrès pour l’ensemble de la société », avise Rolande Tchoumi, experte en gouvernance numérique. « L’usage de l’IA soulève des questions fondamentales sur la protection des données personnelles, la sécurité des systèmes, les biais algorithmiques et la responsabilité en cas d’erreur ou de décision automatisée. Dans un contexte où la technologie évolue plus vite que le droit, le Cameroun doit trouver un équilibre délicat entre innovation et respect de l’État de droit », explique Mme Minette Libom Li Likeng, la ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel),

D’où la tenue, à Yaoundé, du 17 au 18 février 2026, de l’atelier d’imprégnation des administrations publiques sur « les enjeux de l’intelligence artificielle au Cameroun ». Autour du thème : « Intelligence Artificielle responsable au Cameroun : protéger le citoyen, encadrer les usages et bâtir la confiance numérique », des experts en éthique numérique et de hauts responsables des institutions publiques discutent des possibilités d’élaborer une gouvernance nationale cohérente de l’IA. « Pour le Cameroun, l’enjeu est double : ne pas rester en marge de cette transformation mondiale et mettre en place Le pays doit adopter un cadre stratégique reposant sur trois piliers. Le premier est une coordination interministérielle renforcée. L’IA irrigue tous les secteurs publics et ne peut être pensée de manière cloisonnée. Une approche transversale garantit que chaque innovation contribue à l’efficacité globale plutôt qu’à des silos isolés », explique la Minpostel. Et de poursuivre : « Le second pilier est la cohérence réglementaire.

Un cadre clair, stable et prévisible est indispensable pour protéger les droits des citoyens tout en favorisant l’innovation. La régulation ne doit pas être un frein, mais un guide. Sans lignes directrices harmonisées, chaque département ministériel pourrait créer des règles contradictoires, paralysant le système entier… et faisant tourner les administrateurs en rond. Le troisième pilier est l’anticipation des risques technologiques. Gouverner l’IA ne se limite pas à corriger les erreurs constatées, il faut prévoir les évolutions, évaluer les impacts potentiels et adapter en permanence les instruments juridiques et institutionnels. L’anticipation est la seule manière d’éviter des crises majeures, surtout lorsqu’il s’agit de décisions automatisées ayant des conséquences sur la vie des citoyens ».

Pour toutes ces raisons, la mise en place d’un cadre national doit s’accompagner d’une sensibilisation des acteurs et d’une formation continue. Rolande Tchoumi rappelle : « L’IA est un outil puissant, mais son efficacité dépend directement de la compréhension et de l’adhésion des fonctionnaires et décideurs. Même la meilleure technologie reste inefficace si ceux qui l’utilisent ne comprennent pas ses limites et ses enjeux éthiques. Et croyez-moi, les robots n’expliquent pas leurs décisions en langage humain ! »

Jean-René Meva’a Amougou

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