La conférence de Leticia Reis de Carvalho à l’IRIC révèle que l’Afrique peut transformer son potentiel maritime en influence internationale.

La visite de Leticia Reis de Carvalho à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (Iric) a trouvé son point culminant dans une conférence-débat à forte portée stratégique. Plus qu’un moment académique, son intervention a constitué un acte politique au sens noble du terme, en replaçant l’Afrique au cœur des enjeux mondiaux liés à la gouvernance des fonds marins. Le discours de la Secrétaire générale de l’Autorité internationale des fonds marins a posé un diagnostic clair: le continent africain reste insuffisamment positionné dans un système international où se jouent pourtant des intérêts économiques, environnementaux et géopolitiques majeurs. Cette prise de parole, structurée, didactique et volontaire, a permis de rendre lisibles des enjeux souvent perçus comme techniques, tout en les reliant directement aux défis de souveraineté, de développement et de sécurité collective auxquels sont confrontés les États africains.
En interrogeant la capacité de l’Afrique à tirer pleinement profit des mécanismes issus de l’Accord de 1994, Leticia Reis de Carvalho a mis en lumière un paradoxe structurel : un cadre juridique existe, des instruments institutionnels sont disponibles, mais leur appropriation stratégique demeure limitée. Son propos a dépassé la simple pédagogie juridique pour appeler à une prise de conscience collective des États africains, invités à passer d’une posture d’observateurs à celle d’acteurs normatifs dans la gouvernance des espaces maritimes internationaux. Elle a insisté sur la nécessité d’une vision coordonnée, d’une montée en compétence des administrations et d’une diplomatie maritime proactive, condition essentielle pour transformer les textes juridiques en leviers réels de puissance et d’influence.
La conférence a ainsi fonctionné comme un révélateur: l’enjeu n’est pas seulement l’accès aux ressources des fonds marins, mais la capacité à influencer les règles du jeu mondial.
En ce sens, l’Afrique est appelée à transformer son potentiel géostratégique en pouvoir institutionnel. La portée du message est claire: la gouvernance maritime est un champ de souveraineté contemporaine. À travers cette lecture stratégique, la Secrétaire générale de l’AIFM a repositionné la question maritime comme un enjeu de pouvoir global, où se croisent économie bleue, sécurité, environnement et diplomatie, dans un espace où l’absence d’influence équivaut à une marginalisation durable.
En accueillant ce discours à l’IRIC, l’Institut ne se positionne plus comme simple cadre académique, mais comme plateforme stratégique de réflexion continentale. Le séminaire continental lancé dans la foulée de cette conférence confirme cette évolution: l’IRIC devient un espace de structuration des idées, des élites et des politiques publiques africaines sur les enjeux maritimes globaux. Il s’affirme désormais comme un pôle de référence où se croisent formation, expertise, diplomatie et prospective, contribuant à faire émerger une pensée africaine structurée sur la gouvernance des océans, capable d’alimenter les décisions publiques et les stratégies internationales du continent.
Ongoung Zong Bella





