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Les Massa à Yaoundé : une vie politique dans l’étau des origines

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Jeunes leaders culturels Massa dans la diaspora

À Yaoundé, de nombreux Massa vivent, travaillent et élèvent leurs familles depuis des années. Pourtant, à l’approche des élections locales, une réalité persiste: la majorité vote au village.

Jeunes leaders culturels Massa dans la diaspora

À Yaoundé, les Massa font partie du paysage. On les retrouve dans l’administration, le commerce, l’enseignement, les métiers artisanaux. Ils vivent dans plusieurs quartiers de la capitale et participent à la vie quotidienne de la ville. Mais au moment des élections législatives et municipales, beaucoup ne votent pas là où ils résident. «Moi, je vis à Yaoundé depuis quinze ans, mais je vote toujours au village», explique Vakalamsou Célestin, cadre dans le secteur privé. «C’est une question de respect pour la famille et la communauté. Au village, ton vote compte vraiment». Comme lui, la majorité des Massa installés à Yaoundé restent inscrits sur les listes électorales de leurs localités d’origine, principalement dans le Mayo-Danay.

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Cette pratique est largement partagée par les communautés du Grand Nord. À chaque scrutin, toute l’élite massa se déplace vers les villages: responsables politiques, hauts fonctionnaires, opérateurs économiques. Le vote est un moment collectif, presque rituel, qui renforce les liens sociaux et l’influence locale. Mais cette fidélité au village a un coût politique en ville. «Nous sommes administrés par des maires que nous n’avons pas choisis». Pour ceux qui n’ont pas les moyens de voyager, la situation est plus difficile. «Le transport coûte cher. Tout le monde ne peut pas quitter Yaoundé à chaque élection», confie Falaissou Nadège, commerçante à Mvog-Ada. Inscrite sur les listes électorales à Yaoundé, elle vote dans la capitale, mais se sent peu représentée. «Nous sommes peu nombreux à voter ici. Les résultats se décident sans nous» martèle-t-elle.

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Ce sentiment revient souvent. «On vit à Yaoundé, on paie le loyer, les taxes, mais on est gérés par des maires que nous n’avons pas élus», regrette Mounountouang Mathias, aubergiste. Pour ces Massa urbains, le danger est clair: subir des choix politiques locaux sans pouvoir réellement peser. Au village, le regard est différent. Rabmo, cultivateur à Touloum dans le Mayo-Danay, défend le vote local: «Quand nos frères reviennent voter ici, c’est important. Ça permet de soutenir les projets du village. La commune, c’est notre base». Pour lui, la priorité reste le développement local, même si une partie de la communauté vit en ville.

Un problème connu
Pour les spécialistes, cette situation n’est pas propre aux Massa. «C’est un phénomène classique dans les grandes villes africaines», explique le docteur Assako, expert électoral basé à Yaoundé. «La mobilité interne crée une séparation entre lieu de vie et lieu de vote. Cela affaiblit la représentativité au niveau local». Selon lui, la démocratie municipale en souffre. «Quand une partie importante des habitants ne vote pas localement, les élus gouvernent sans connaître réellement toutes les populations qu’ils administrent. Le vrai enjeu, ce n’est pas d’abandonner le village, mais de penser une citoyenneté urbaine plus forte. Les villes doivent intégrer politiquement ceux qui y vivent durablement».

Pour beaucoup de Massa de Yaoundé, le dilemme reste entier. «On ne veut pas couper le lien avec le village, mais on veut aussi compter là où on vit», résume Minamou Boniface, enseignant dans un collège privé. À l’approche des élections locales, cette tension devient plus visible. Être Massa à Yaoundé, aujourd’hui, c’est souvent vivre entre deux espaces politiques: le village où l’on vote et la ville où l’on est gouverné. Tant que cette réalité ne sera pas mieux prise en compte, une partie des citoyens continuera de vivre la démocratie locale à distance, présents dans la ville, mais absents dans les urnes.

Tom

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