Pour certains politiciens et chrétiens (clercs et laïcs), les hommes d’Église devraient se contenter de prier pour le pays et ses dirigeants au lieu de se mêler de la politique.

C’est une fausse et dangereuse interprétation de la fameuse phrase de Jésus: « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Pourquoi? Primo, parce que, si l’on admet que César a été créé par Dieu, il est légitime que ceux qui servent ce Dieu de vérité et de justice puissent porter un jugement sur la manière dont la Cité est gérée par César.
Secundo, parce que le Jésus gentil, doux et docile est une caricature. Le vrai Jésus s’est mis en colère quand il a vu des gens transformer le temple en un lieu de trafic. Il a même pris un fouet pour les chasser du temple (Mt 21, 12-13). Lorsqu’il traite le roi Hérode de renard (Lc 13,32), ce n’est point un compliment.
Les politiciens, qui veulent enfermer prêtres et évêques dans la sacristie, que disent-ils des « hommes de Dieu » qui mangent à leurs tables, bénissent leurs maisons, voitures et mariages ou encouragent un troisième ou un quatrième mandat anticonstitutionnel? Ceux-là ne font-ils pas de la politique? Ne sont-ils pas blâmables?
En Côte d’Ivoire, pour avoir dit des choses un peu dures mais vraies, devant Dramane Ouattara et Konan Bédié, à l’occasion du 20ème anniversaire de la mort d’Houphouët-Boigny, Mgr Marcellin Yao Kouadio fut muté par le Vatican de Yamoussoukro à Daloa, sans que les évêques et fidèles laïcs de Côte d’Ivoire ne lèvent le petit doigt, comme s’il était interdit à un évêque de dire la vérité, comme si l’Église elle-même avait peur de la vérité.
En 2024, lorsque le même Marcellin Kouadio exposa les tares, mensonges et crimes du régime Ouattara et qu’il fut copieusement insulté par des militants du RDR, il ne fut soutenu publiquement ni par les laïcs ni par les clercs, ce que je trouve honteux et indigne.
Tout se passe comme si être chrétien en Afrique se limitait à porter le pagne catholique, à avoir de belles messes, à prier, à jeûner, à bâtir grottes, presbytères et églises, à faire des retraites, etc.
Pourquoi Jésus, dont nous nous réclamons, a-t-il été tué? Passa-t-il son temps à construire des bâtiments ou à racketter les foules à travers des quêtes multiples?
La foi n’est pas un business mais un engagement qui peut nous coûter la vie. On ne devient pas prêtre ou évêque pour plaire aux riches et puissants dont la fortune provient en général de l’argent volé au peuple. Être évêque ou prêtre, c’est accepter d’annoncer et d’imiter Jésus mis à mort parce qu’il dérangeait l’establishment politico-religieux de son temps. « Nous, nous prêchons Christ crucifié », disait Paul (1Corinthiens 1, 23). Et il avait raison. Quiconque veut vivre autre chose est un plaisantin et un aventurier.
Jean-Claude Djéréké






