Transformer ce dynamisme naturel en stratégie concertée, capable d’attirer des investissements, de créer des infrastructures communes et d’encadrer des pratiques économiques transfrontalières aujourd’hui encore trop souvent informelles, voilà qui résume la démarche de Yaoundé, Libreville et Malabo

Le Palais des Congrès d’Ebibeyin a rarement connu une telle effervescence que ce vendredi 5 décembre, lorsque la CEMAC a officiellement remis aux trois délégations du Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale les documents du Programme de Développement Intégré de la Zone des Trois-Frontières (PDIZTF). Un geste solennel, mais aussi un clin d’œil à une région où les populations n’ont jamais attendu un protocole pour vivre ensemble. À croire que la géographie sentimentale des habitants d’Ambam, Bitam et Ebibeyin avait depuis longtemps pris de l’avance sur les administrations.
Baltasar Engonga Edjo’o, président de la Commission de la CEMAC, n’a d’ailleurs pas manqué de saluer cette « parfaite symbiose » déjà observable sur le terrain. En remettant les documents à Lucas Abaga Nchama pour la Guinée équatoriale, au ministre Mark Alexandre Doumba pour le Gabon et au gouverneur Félix Nguele Nguele pour le Cameroun, il a voulu marquer une étape décisive. Une copie symbolique a également été adressée au Fodec, co-financeur des études avec l’AFD, histoire de rappeler que même les programmes ambitieux ont besoin d’un petit coup de pouce de ceux qui tiennent le carnet de chèques.
Mais la cérémonie, aussi chaleureuse soit-elle, n’a pas fait oublier les défis. Le PDIZTF ne se réalisera pas par simple contagion d’enthousiasme. Engonga Edjo’o l’a martelé : pour attirer des financements internationaux, les trois pays doivent harmoniser leurs cadres juridiques et compléter leurs propres investissements. En clair, il faudra qu’Ambam, Bitam et Ebibeyin ne soient pas seulement en symbiose sociologique, mais également en conformité administrative. Une équation moins spontanée, mais indispensable pour crédibiliser l’ensemble.
Le Cameroun et le Gabon ont tout de même montré l’exemple, leurs Unités de gestion du programme étant déjà opérationnelles et financées sur fonds publics. Un détail qui n’en est pas un : dans les projets sous-régionaux, l’étape la plus difficile n’est pas toujours l’idée, ni même l’écriture du rapport final, mais bien son exécution. Et voir deux États cocher cette case dès le départ donne un léger parfum d’optimisme, presque suspect dans une région habituée aux projets qui “commencent très bien” avant de choisir un rythme plus contemplatif.
Les visites de terrain à Ambam et Bitam ont, elles, rappelé l’essentiel : les communautés n’ont pas attendu qu’on leur dise de s’intégrer pour le faire. Commerçants, transporteurs, familles et associations œuvrent déjà au quotidien à une intégration spontanée que le PDIZTF souhaite désormais structurer. L’objectif est simple : transformer ce dynamisme naturel en stratégie concertée, capable d’attirer des investissements, de créer des infrastructures communes et d’encadrer des pratiques économiques transfrontalières aujourd’hui encore trop souvent informelles.
La CEMAC se présente d’ailleurs comme le chef d’orchestre déterminé de cette dynamique. L’institution veut faire du PDIZTF un exemple de coopération régionale, un pilier concret de l’intégration dont elle parle depuis des années. Et si certains observateurs sourient – l’intégration, en Afrique centrale, étant parfois plus talentueuse en réunions qu’en réalisations – le programme porte néanmoins une ambition réaliste : partir du terrain, s’appuyer sur ce qui fonctionne déjà et éviter les éléphants blancs administratifs.
La photo de famille qui a clos l’événement résume peut-être mieux que les discours l’esprit de la journée : trois États côte à côte, décidés à faire de leurs zones frontalières un espace partagé de prospérité. Reste maintenant à transformer ce sourire institutionnel en actions tangibles. Mais pour une fois, la dynamique semble bien lancée. Et si l’intégration se joue aussi à l’énergie du moment, Ebibeyin aura offert un démarrage plutôt prometteur.
Jean-René Meva’a Amougou
Le PDIZTF, une affaire de trois cousins
Dans cette Afrique centrale qui proclame l’intégration avec l’enthousiasme d’un refrain bien appris, le Programme de Développement Intégré de la Zone des Trois Frontières vient rappeler que l’unité ne se décrète pas : elle se construit. Le PDIZTF ose toucher à ce que l’on contourne d’ordinaire, à savoir ces frontières têtues qui continuent de séparer des peuples que ni la forêt, ni les marchés, ni les histoires n’ont jamais vraiment opposés. Ici, la géographie a toujours été plus forte que l’administration, et les communautés le prouvent chaque jour en circulant, en négociant, en vivant ensemble, malgré les barrières qui prétendent les ralentir.
Le mérite du programme est de reconnaître cette évidence. Il ne promet pas la lune, mais propose d’accompagner ce qui existe déjà : des échanges vivants, une culture partagée, un territoire qui respire au-delà des lignes tracées sur les cartes. En misant sur des infrastructures communes et une coopération locale mieux organisée, le PDIZTF offre enfin une traduction concrète de ce mot trop galvaudé qu’est l’intégration.
Certes, nul n’ignore que les projets sous-régionaux ont parfois une endurance de feuille sèche. Mais cette fois, trois cousins (le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale) semblent décidés à avancer d’un même pas, conscients qu’à trois, on ouvre plus de portes qu’en restant chacun derrière sa barrière. La portée intégrationniste du programme tient d’ailleurs moins à son ampleur qu’à son pragmatisme : partir du terrain, écouter les populations, simplifier la vie plutôt que la compliquer.
Si le PDIZTF parvient à transformer cette zone longtemps perçue comme périphérique en espace de convergence, il aura prouvé que l’intégration n’est ni une utopie ni une incantation, mais une possibilité bien réelle. Et peut-être même, une évidence enfin assumée.
PDIZTF : quand l’intégration devient un jeu à trois… mais stratégique
La zone des Trois-Frontières n’est pas seulement un espace géographique, elle est désormais un terrain stratégique où s’entrecroisent routes commerciales, patrimoines culturels partagés et ambitions politiques.
Le vendredi 5 décembre dernier, le Palais des Congrès d’Ebibeyin a été le théâtre d’un geste symbolique fort : la remise officielle des documents du Programme de Développement Intégré de la Zone des Trois-Frontières (PDIZTF) aux représentants du Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale. Au-delà de la solennité de la cérémonie, cette initiative illustre une réalité géopolitique incontournable : la zone des Trois-Frontières n’est pas seulement un espace géographique, elle est désormais un terrain stratégique où s’entrecroisent routes commerciales, patrimoines culturels partagés et ambitions politiques.
Baltasar Engonga Edjo’o, président de la Commission de la Cémac, a salué la « parfaite symbiose » observée entre Ebibeyin, Ambam et Bitam. Mais il a aussi rappelé les défis à relever, notamment l’harmonisation juridique et la mobilisation des ressources nationales pour concrétiser le programme. Une remarque partagée par le politologue camerounais Dr. Joseph Marcel Edoa : « Le PDIZTF est un test grandeur nature. Il s’agit de voir si l’Afrique centrale peut gérer un projet commun sans que les États ne se replient chacun derrière ses procédures».
Impact
Les experts économiques soulignent également l’importance de ce projet. Pour Léonie Obakono, économiste gabonaise : « Cette zone représente un véritable corridor potentiel pour le commerce transfrontalier. Si les infrastructures et la coordination sont efficaces, le PDIZTF pourrait générer des retombées économiques directes pour les populations locales ».
De son côté, le sociologue équato-guinéen Alexio Nguema Mba note que la portée du programme dépasse l’économie : « Il ne s’agit pas seulement de construire des routes ou des marchés, mais d’officialiser des interactions déjà existantes. Les populations ont depuis longtemps intégré l’intégration, c’est le moment pour les États de le reconnaître et de structurer cela ».
Le PDIZTF se veut donc un projet à triple impact : renforcer l’intégration économique, consolider l’unité sociale et offrir un exemple concret de coopération transfrontalière. Les visites de terrain des délégations à Ambam et Bitam ont permis de constater que, malgré les obstacles administratifs, les échanges informels sont déjà bien vivants. Comme le souligne Dr. Mbarga : « Les États doivent maintenant transformer cette vitalité spontanée en cadre institutionnel robuste pour attirer les investisseurs et sécuriser les financements extérieurs ».
Mais le chemin reste semé d’embûches. La coordination entre trois bureaucraties nationales, la mise en place d’unités de gestion opérationnelles et la standardisation des cadres légaux nécessitent un engagement soutenu. Selon Mme Obiang, « c’est un exercice délicat, mais indispensable. La crédibilité du PDIZTF dépendra autant de la coopération institutionnelle que de la dynamique économique réelle ». Bien évidemment, derrière l’image se dessine un véritable défi stratégique : transformer un projet ambitieux en succès concret, dans une région où les initiatives transfrontalières échouent parfois à franchir le stade de la paperasse. Le PDIZTF pourrait ainsi devenir le modèle de l’intégration pragmatique que la CEMAC appelle de ses vœux depuis des années, en prouvant qu’avec volonté politique et coordination, même les frontières les plus anciennes peuvent laisser place à la prospérité commune
Ongoung Zong Bella





