Certaines voix accusent Laurent Gbagbo d’avoir refusé de rassembler les partis de gauche quand il est revenu de La Haye, de n’avoir soutenu aucun candidat lors de la présidentielle du 25 octobre 2025, de n’avoir pas préparé quelqu’un pour lui succéder, etc.

Que ces accusations soient fondées ou non, elles ne devraient pas faire oublier une vérité essentielle : l’ancien président a été physiquement absent du pays pendant dix ans. Pendant ces dix années, où était l’opposition ? Pendant qu’il était en exil, pendant qu’il affrontait la justice internationale, pourquoi personne, absolument personne, ne s’est levé pour rassembler l’opposition ? Pourquoi aucun leader n’a pris l’initiative de créer un front uni, capable de mener la vie dure à Ouattara et de combattre le système qui écrasait les Ivoiriens ? Qui a dit que c’est Gbagbo seul qui doit risquer sa vie pour les Ivoiriens ?
Qui a dit que c’est lui seul qui doit prendre des coups, affronter les attaques, les accusations, les coups montés ?
Pourquoi faudrait-il que d’autres restent dans le confort de l’attente, espérant que l’éléphant soit tué par Gbagbo pour ensuite venir profiter paisiblement de la viande ?
Ce raisonnement est non seulement injuste, mais profondément irresponsable. Il réduit la politique à une dépendance permanente envers un seul homme, comme si la survie d’un pays entier ne tenait qu’à lui. Cette façon de penser, malheureusement répandue, explique en grande partie pourquoi l’opposition ivoirienne peine à se structurer, à se renouveler et à se rendre crédible.
Bien sûr, Gbagbo n’est pas exempt de reproches. On peut lui reprocher ses choix, ses hésitations, ses silences, certaines décisions qui ont pu décevoir une partie de ses propres partisans. Mais, s’il y a une chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est qu’il s’est levé pour lutter. Il ne s’est jamais caché derrière un leader providentiel. Il ne s’est jamais contenté de commenter les événements de loin. Il n’a jamais attendu que d’autres prennent les risques à sa place. Quand la situation du pays lui parut insupportable, il s’est jeté à l’eau, avec tout ce que cela impliquait : danger, prison, exil, procès, sacrifices.
Et peut-être que l’héritage le plus précieux qu’il nous laisse est un message simple, mais essentiel : prendre ses responsabilités, au lieu de compter éternellement sur la lutte des autres.
Car un peuple qui attend toujours qu’un seul homme vienne le sauver n’est pas un peuple libre.
Une opposition qui attend que Gbagbo fasse tout à sa place n’est pas une opposition mature.
Une classe politique qui ne se mobilise que lorsque Gbagbo parle ou agit n’est pas une classe politique crédible.
Les Ivoiriens souffrent et ils souffrent depuis longtemps.
Le régime en place a renforcé son emprise, manipulé les élections, étouffé les voix dissidentes.
Mais où étaient les autres leaders pendant ces dix années d’absence ?
Où étaient les initiatives courageuses, les coalitions fortes, les stratégies sérieuses ?
Aujourd’hui, beaucoup pointent du doigt Gbagbo.
Mais ils oublient qu’une opposition forte ne se construit pas autour d’un seul homme.
Elle se construit autour d’une vision partagée, d’un courage collectif, d’une capacité à agir ensemble.
Si le pays doit se libérer un jour des dérives autoritaires, ce ne sera ni par miracle, ni par dépendance à un leader historique. Ce sera par la responsabilité de chacun, par la prise de conscience que l’avenir d’une nation se construit avec des mains multiples, pas avec une seule.
C’est peut-être cela, la vraie leçon : Arrêtons de tout attendre d’un seul homme.
Apprenons à devenir acteurs de notre destin.
Cessons d’espérer que d’autres se sacrifient à notre place.
En fin de compte, si l’opposition veut renaître, si la Côte d’Ivoire veut avancer, il faudra cesser de regarder Gbagbo comme un sauveur éternel et commencer à comprendre que la liberté naît de la responsabilité collective.





