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Pré- Campagne: quand le régime de Yaoundé fabrique ses martyrs

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Maurice Kamto, Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maigari

Tchiroma interdit de vol, Kamto écarté de la course : les dérives d’un pouvoir aux abois

Maurice Kamto, Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maigari

Dans un contexte préélectoral tendu, les récentes décisions visant Issa Tchiroma et Maurice Kamto nourrissent le sentiment d’un verrouillage du jeu politique au Cameroun. L’un empêché de voyager, l’autre exclu de la présidentielle : ces deux figures de l’opposition incarnent désormais la dérive autoritaire d’un régime en perte de légitimité.

Tchiroma, cloué au sol

Jeudi 31 juillet 2025, à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, l’ancien ministre Issa Tchiroma, candidat à l’élection présidentielle, est brutalement empêché de prendre un vol pour Dakar. Objectif déclaré : se recueillir sur la tombe du président Ahmadou Ahidjo. Mais il est retiré de l’avion sans présentation d’un quelconque acte judiciaire. Une simple « instruction présidentielle », transmise verbalement, a suffi. Face à cette mesure arbitraire, Issa Tchiroma s’indigne : « Quand un candidat est empêché de voyager, c’est tout un peuple qu’on empêche de respirer ».

Kamto, l’autre cible

Quelques jours plus tôt, Maurice Kamto, principal opposant au régime, était exclu de la course à la présidentielle, au grand désarroi de ses partisans. Aucune motivation sérieuse n’a été rendue publique, ce qui a renforcé la conviction d’une manœuvre politique visant à éliminer un rival redouté. Dans les rues de Maroua comme dans les quartiers populaires de Douala, la colère gronde. Annass Hamadou, artisan au Marché Comice, résume ce sentiment populaire : « cet acte vient dissiper les doutes que j’avais sur la sincérité de Kamto à vouloir réellement renverser le régime de Yaoundé. Son exclusion injustifiée est la preuve que c’est l’homme qu’il nous faut en ces temps. Je crois désormais qu’il est le seul opposant sérieux ».

Une stratégie politique risquée

Pour beaucoup d’analystes, ces actions visent à réduire au silence les dernières voix crédibles de l’opposition. Le rejet de la candidature de Kamto est qualifié d’arbitraire, tandis que l’acharnement contre Tchiroma alimente la perception d’un pouvoir intolérant à toute dissidence. Le MRC et le MANIDEM ont saisi le Conseil Constitutionnel, dénonçant une « forfaiture électorale » et appelant à une mobilisation nationale. Le camp Kamto reste déterminé, en attente d’un arbitrage juste — même si les illusions sont minces.

Victimes ou stratèges ?

Tchiroma, aujourd’hui dans le rôle du persécuté, n’échappe pas aux critiques. Aminatou Ahidjo, fille du défunt président, l’accuse d’instrumentaliser la mémoire de son père pour se donner une légitimité morale, qualifiant son geste de « pure escroquerie politique ». Elle fustige un voyage prétendument symbolique qui cacherait, selon elle, des ambitions personnelles déguisées. Une accusation renforcée par la fuite d’images de son passeport comportant un visa d’un an pour les États-Unis, alimentant les rumeurs d’une volonté de fuite.


La situation actuelle met en lumière les ambiguïtés du personnage Tchiroma. Naguère défenseur fervent du régime, il qualifiait encore récemment le rapatriement du corps d’Ahidjo de « dossier privé relevant de la famille nucléaire ». Aujourd’hui, il prétend incarner un devoir de mémoire nationale. Son passé de ministre au service du système qu’il dénonce aujourd’hui revient le hanter. Accusé de mauvaise gestion dans plusieurs dossiers publics, Tchiroma traîne de nombreuses casseroles, ce qui rend suspecte sa brusque posture de résistant.


En interdisant le voyage de Tchiroma et en écartant Kamto de la présidentielle, le régime de Yaoundé alimente l’image d’un pouvoir autiste, sourd à l’appel démocratique. Cette stratégie pourrait toutefois s’avérer contre-productive, en transformant ces deux figures contestataires en martyrs politiques. Dans la rue, les réseaux sociaux et la diaspora, une mobilisation silencieuse s’organise, entre soutien, colère et espoir. La présidentielle de 2025 s’annonce déjà comme un tournant décisif pour le Cameroun.

TOM

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