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Le courage de partir

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Il y a quelques semaines, le docteur Patrice Saraka a démissionné de son poste de secrétaire général, et non du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP). Il a rendu le tablier, soit parce qu’il n’était plus en accord avec l’orientation du mouvement, soit parce qu’il a voulu tirer les conséquences de l’échec d’une politique.


Quoi qu’il en soit, je salue cette décision. Elle est courageuse, elle est honnête et elle révèle un homme capable de détachement. Se retirer d’une fonction, surtout lorsqu’elle est visible et influente, n’est jamais facile. Cela suppose une lucidité sur soi-même, mais aussi une capacité à reconnaître que l’on ne peut plus, ou que l’on ne veut plus, continuer dans une direction donnée. Dans notre pays, et plus largement en Afrique, rares sont ceux qui font ce choix avec sérénité.
Beaucoup, au contraire, s’accrochent. Par peur du qu’en-dira-t-on, par crainte de perdre des avantages, par incapacité à se réinventer, ils préfèrent rester à des postes où ils ne sont manifestement plus à leur place.

D’autres continuent par simple calcul, sans conviction réelle, contribuant ainsi à vider l’engagement politique de sa substance. Or, la politique devrait être un espace de responsabilité et de cohérence, et non un refuge pour ceux qui refusent de se remettre en question.
Il est important de rappeler une évidence: personne n’est contraint de s’engager en politique. Cet engagement est un choix libre, et il doit le rester. De la même manière, personne n’est obligé de persévérer dans une voie qui ne correspond plus à ses convictions profondes. Savoir partir est parfois une preuve de maturité bien plus grande que de savoir rester.

Cette logique ne concerne pas seulement le champ politique. Elle s’applique à d’autres formes d’engagement, notamment religieux. Prenons le cas du prêtre catholique. Celui-ci s’engage librement à vivre le célibat et la chasteté. Mais si, avec le temps, ce choix devient un fardeau insupportable, ou s’il cesse d’y croire, la cohérence exige qu’il tire les conséquences de cette situation. Il devrait alors avoir le courage de démissionner.

Un tel geste ne serait pas un échec, mais une preuve de vérité. Il montrerait qu’il est un homme digne, sérieux et honnête. En revanche, continuer à exercer le ministère sacerdotal tout en vivant dans la transgression du vœu de chasteté constitue une contradiction grave. Ce n’est pas seulement faire du tort à l’Église ; c’est aussi se déshonorer soi-même. Car on choisit alors de vivre dans la duplicité, dans le mensonge permanent, dans une forme de fausseté qui finit par miner toute crédibilité.

Comment, dans ces conditions, espérer être respecté ? Le respect ne se décrète pas, il se mérite. Il naît de la cohérence entre les paroles et les actes, entre les engagements pris et la manière dont ils sont vécus. Qu’il s’agisse de politique ou de vie religieuse, la règle reste la même: il faut savoir assumer ses choix, mais aussi savoir y renoncer lorsque ceux-ci ne correspondent plus à la vérité de ce que l’on est.
La démission du docteur Patrice Saraka nous rappelle, en définitive, une leçon essentielle: la dignité d’un homme ne réside pas dans la durée de sa présence à un poste, mais dans sa capacité à rester fidèle à lui-même, à ses convictions.

Jean-Claude Djéréké

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