Home ACTUALITÉ Ligne 116 : le murmure des enfants brise enfin le silence

Ligne 116 : le murmure des enfants brise enfin le silence

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Dans un centre pour enfants en détresse au Cameroun

Selon le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), ce gadget se révèle comme un souffle discret où se déposent les détresses d’enfants, entre l’urgence d’être entendus et la lente promesse d’une réponse.

Dans un centre pour enfants en détresse au Cameroun

Gratuite et accessible, la ligne 116 s’impose progressivement comme un canal privilégié de dénonciation des violences faites aux enfants. Dans le silence parfois lourd des foyers et des rues, elle devient une brèche de lumière où se glissent des voix longtemps contenues. Les chiffres évoqués traduisent une hausse significative des appels, révélant une libération progressive de la parole. Derrière chaque signalement, il y a une histoire, souvent douloureuse, faite de maltraitance, d’abandon ou d’exploitation. Ce flux constant d’alertes témoigne d’un double mouvement : une confiance croissante envers le dispositif, mais aussi l’ampleur

persistante des atteintes aux droits de l’enfant
Pour le Sous-directeur en charge de la promotion et de la protection des droits de l’enfant au MINPROFF, Jean-Baptiste Nyebel, la ligne 116 remplit d’abord une mission essentielle : écouter, accueillir et orienter. Elle constitue une porte d’entrée vers les services compétents, permettant d’alerter les autorités et d’enclencher des procédures de prise en charge. Toutefois, il reconnaît que l’efficacité du système ne saurait se limiter à la réception des appels. Le véritable défi réside dans la rapidité, la coordination et la qualité des réponses apportées, afin que chaque cri entendu ne se perde pas dans les couloirs de l’attente.

En effet, si le mécanisme de signalement semble désormais bien ancré, la chaîne d’intervention demeure fragile. Lenteurs administratives, insuffisance de moyens logistiques, coordination encore perfectible entre les acteurs impliqués : autant de facteurs qui peuvent retarder la prise en charge effective des victimes. Dans certains cas, le temps qui s’écoule entre l’alerte et l’action devient une seconde blessure, silencieuse mais lourde de conséquences.
L’entretien met ainsi en lumière la nécessité d’un renforcement du dispositif. Il s’agit non seulement d’améliorer la réactivité des services sociaux et judiciaires, mais aussi de consolider les passerelles entre les différents intervenants : forces de sécurité, structures sanitaires, travailleurs sociaux et organisations partenaires. La ligne 116 doit évoluer vers un système intégré, capable de transformer chaque appel en une réponse concrète, rapide et humaine.

Au-delà de l’aspect technique, cette dynamique pose une question de fond : celle de la responsabilité collective. Car si la ligne 116 donne la parole, elle rappelle aussi que la protection de l’enfant ne peut reposer uniquement sur un numéro vert. Elle exige une vigilance de chaque instant, une écoute sociale élargie, et une solidarité active au sein de la communauté.

Ainsi, entre avancée notable et défis persistants, la ligne 116 apparaît comme un outil indispensable, mais encore perfectible. Elle incarne à la fois l’espoir d’une enfance mieux protégée et l’urgence d’une action plus efficace face à une réalité qui, elle, ne cesse d’interpeller. Dans ce paysage social traversé par des fragilités invisibles, chaque appel devient une trace, un souffle arraché au silence. La société se découvre face à elle-même, entre indignation et devoir d’agir. Car protéger l’enfance ne relève pas d’un simple dispositif administratif, mais d’un engagement moral profond, qui engage familles, institutions et conscience collective. La ligne 116, en cela, n’est pas seulement un numéro : elle est un miroir tendu à la nation, rappelant que chaque enfance blessée est une promesse interrompue qu’il faut tenter de réparer. Elle rappelle aussi que le silence des enfants n’est jamais vide, mais chargé de vérités que la société ne peut ignorer.

Jean -René Meva’a Amougou

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