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Au-delà de l’image pastorale…

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Dans la cour du village, dit le proverbe Beti repris sur les réseaux sociaux le 7 février dernier par le comédien Oncle Otsama, «les boucs ont les cornes, les chèvres aussi ont les cornes».

Traduction libre: tout le monde est armé, tout le monde charge, et personne ne sait plus vraiment qui est le chef du troupeau. Une image pastorale, certes, mais d’une actualité communautaire saisissante. Car aujourd’hui, le village n’est plus seulement sous le manguier ancestral: il est sur Facebook, dans les salons, dans les salles de classe, dans les bureaux climatisés… et même dans les foyers.

Oncle Otsama, en philosophe de quartier, dresse un tableau où l’ordre social ressemble à un puzzle monté à l’envers. Les hommes insultent les femmes, les femmes lavent les hommes à grande eau de kongossa, les enfants tutoient les adultes comme des camarades de classe, les vieux papas sortent avec des «filles-biberons» qui pourraient être leurs petites-filles, et les domestiques engueulent les patrons comme des égaux en réunion syndicale improvisée. On ne sait plus qui commande, qui conseille, qui respecte, ni même qui doit se taire.

Le plus savoureux, c’est cette scène devenue presque banale: élèves et enseignants qui, au lieu de faire le cours, se font la cour. La craie tombe, les cœurs montent, le tableau noir devient tableau sentimental, et l’école se transforme en annexe de Télé novelas. On n’enseigne plus les mathématiques, on pratique la romance appliquée. Résultat: des diplômes fragiles, des valeurs en kit et des repères en solde.
Cette chronique du désordre pourrait faire rire si elle ne piquait pas aussi juste. Car derrière l’humour, il y a un malaise réel: la confusion des rôles, l’effacement des frontières, la dilution de l’autorité. Chacun a des cornes, donc chacun se croit taureau. Plus de hiérarchie claire, plus de limites visibles, plus de respect structurant. Tout le monde parle, tout le monde juge, tout le monde s’indigne, mais personne ne veut écouter ni apprendre.

Oncle Otsama ne donne pas de leçon: il tend un miroir. Et dans ce miroir, la société ressemble à une grande réunion familiale sans président de séance. Ça parle fort, ça coupe la parole, ça rit, ça s’insulte, ça s’aime, ça se jalouse, ça se confond. Un joyeux chaos, bruyant, coloré, parfois créatif, souvent épuisant.

Dans la cour du village moderne, il n’y a plus de boucs ni de chèvres: il n’y a que des humains persuadés d’avoir tous raison en même temps. Et quand tout le monde a raison, plus personne n’a tort… mais plus personne n’a vraiment raison non plus. Voilà peut-être le vrai sens du proverbe: quand tout le monde a des cornes, plus personne ne sait qui doit baisser la tête.

Bobo Ousmanou

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