Le 12 janvier, pendant que certains Africains comptaient encore les jours avant la fin du mois, la Chambre des représentants américaine, elle, comptait les voix : 340 pour, 54 contre.
Verdict sans appel : l’AGOA (African Growth and Opportunity Act, programme américain qui offre des avantages commerciaux à certains pays africains, dont le Cameroun, pour booster leur économie et promouvoir les échanges commerciaux avec les États‑Unis) est prolongé jusqu’au 31 décembre 2028. À Washington, on appelle cela un vote historique. À Addis‑Abeba, au siège de l’Union africaine (UA), on a surtout appelé cela une bonne nouvelle. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, n’a pas caché sa satisfaction. Depuis plus de vingt ans, dit‑il, l’AGOA est un pilier. Un pilier solide, certes, mais un pilier américain, planté bien droit dans la cour africaine, avec mode d’emploi fourni, garantie limitée et notice exclusivement rédigée en anglais.
Car l’AGOA, c’est un peu ce voisin riche qui vous dit : « Entre, la porte est ouverte, fais comme chez toi… mais attention au tapis, ne touche pas aux meubles et surtout, respecte le règlement intérieur. » Accès au marché américain sans droits de douane, oui, mais sous conditions strictes. Et quand les conditions ne plaisent plus, comme au Gabon après le coup d’État d’août 2023, on retire l’invitation. Commerce préférentiel, mais discipline obligatoire, sourire compris.
À Addis‑Abeba, on célèbre pourtant. On parle d’industrialisation, de chaînes de valeur régionales, de création d’emplois et de croissance inclusive. Des mots sérieux, lourds, prononcés avec gravité, pendant que les conteneurs africains rêvent déjà de l’Amérique. L’AGOA, c’est un peu le visa économique continental : tout le monde en parle, certains en profitent, d’autres restent en salle d’attente, dossier sous le bras, espérant un appel qui tarde.
Le programme devait expirer en septembre 2025. Autant dire demain, à l’échelle des promesses internationales. Le voilà repoussé à 2028, comme un abonnement renouvelé à la dernière minute, juste avant la coupure. Soulagement général. Reste maintenant l’étape du Sénat américain. L’Union africaine appelle, exhorte, plaide. Elle parle de pont économique et d’amitié durable. Un pont, oui, mais à péage politique variable, avec contrôles fréquents. Dans les couloirs feutrés de la diplomatie, chacun sait pourtant que l’AGOA n’est ni une charité ni un acte de bonté désintéressée. C’est un partenariat, certes, mais un partenariat où l’un fixe les règles du jeu et l’autre apprend à jouer sans trop contester l’arbitre. L’Afrique applaudit, négocie, s’adapte, tout en espérant qu’un jour ses produits franchiront l’Atlantique avec autant de facilité que les discours franchissent les tribunes. En attendant, la prolongation est célébrée comme un succès, car en politique commerciale, survivre est parfois déjà une victoire.
En attendant, l’Afrique sourit, remercie et ajuste sa cravate. L’AGOA continue, et avec lui cette relation particulière où l’on exporte des produits, mais aussi beaucoup d’espoir, parfois emballé sans mode d’emploi. Et comme toujours, on croise les doigts pour que le pilier tienne, sans fissure, jusqu’au prochain vote salvateur, au prochain communiqué rassurant, et à la prochaine prolongation annoncée comme une victoire collective.
Jean‑René Meva’a Amougou
