Les Lions indomptables ont quitté la compétition par la petite porte, battus par un Maroc solide, méthodique et, disons-le sans détour, mieux préparé ce jour-là.

La défaite fait mal, comme toujours quand l’espoir était permis et que l’orgueil national se tenait déjà devant le miroir, prêt à enfiler le costume de héros. Mais le football, ce sport imprévisible, adore rappeler qu’il ne suffit pas d’avoir un palmarès pour gagner un match.
Pendant quatre-vingt-dix minutes, le Cameroun a lutté, parfois bien, parfois moins, souvent avec le cœur, mais trop rarement avec la tête froide. Le Maroc, lui, a joué simple, sérieux, sans folklore inutile. Pas de danse avant le match, pas de promesse grandiloquente : juste du jeu, du pressing et une efficacité presque clinique. À la fin, le tableau d’affichage a parlé, et il n’avait pas l’accent camerounais.
Comme après chaque élimination, le concert des experts improvisés a commencé. Dans les salons, les taxis et sur les réseaux sociaux, tout le monde est devenu sélectionneur national, préparateur physique et psychologue du sport en moins de cinq minutes. Les mêmes qui n’arrivent pas à gérer leur groupe WhatsApp familial savent désormais exactement où le coach s’est trompé. Le football a ce don merveilleux de transformer chaque citoyen en professeur émérite.
Faut-il pour autant sombrer dans le catastrophisme ? Certainement pas. Une défaite, même face à un rival redoutable, n’efface ni l’histoire ni le potentiel. Les Lions restent une grande sélection, à condition de l’assumer sur le terrain et pas seulement dans les discours. Le talent est là, brut, parfois désordonné, souvent mal exploité. Il demande à être poli, structuré, discipliné.
Le meilleur reste à venir, mais il ne tombera pas du ciel comme un penalty généreux à la dernière minute. Il passera par le travail quotidien, la rigueur dans les choix, la fin des passe-droits et le respect du maillot. Gagner ne doit plus être une incantation, mais une construction patiente.
Il faudra aussi apprendre à mieux gérer le temps, celui du match comme celui de la préparation. Trop souvent, l’équipe semble jouer contre le chronomètre, accélérant quand il faut calmer et temporisant quand il faudrait piquer. Le haut niveau ne pardonne pas ces hésitations. À ce stade, chaque détail compte, du placement défensif au premier contrôle, en passant par la concentration sur coups de pied arrêtés.
La question de l’encadrement mérite également d’être posée sans passion excessive. Un projet sportif ne se résume pas à une compétition réussie ou ratée. Il s’inscrit dans la durée, avec une vision claire et des objectifs cohérents. Changer tout après chaque échec revient à repeindre une maison dont les fondations sont fragiles. Cela fait propre de loin, mais ça s’écroule à la première pluie.
Les supporters, eux, ont joué leur rôle, fidèles, bruyants, parfois excessifs, mais toujours amoureux. Ils ont râlé, crié, supplié l’écran, comme si les joueurs pouvaient entendre depuis la pelouse. C’est aussi ça, être Lion : porter un peuple qui commente chaque passe comme une affaire d’État. À ce niveau de pression, même le ballon aurait besoin d’un psychologue.
Alors oui, l’élimination est actée. Mais elle peut servir d’électrochoc salutaire. À condition d’apprendre, de corriger et de travailler sans bruit. Moins de slogans, plus d’efforts. Les Lions sont attendus au tournant, cette fois sans rugir trop tôt. Le chantier commence maintenant, calmement et sérieusement. Ensemble !
Jean -René Meva’a Amougou