Depuis plusieurs années, le panafricanisme connaît un regain d’intérêt remarquable, tant sur le continent africain que dans la diaspora.

Colloques, publications, mouvements citoyens et initiatives politiques se réclament de cet héritage intellectuel et militant né de la lutte contre l’esclavage, la colonisation et le racisme. Cet engouement est en soi porteur d’espoir. Toutefois, il soulève aussi de nombreuses interrogations: de quel panafricanisme parle-t-on aujourd’hui ? Quelle vision du continent porte-t-il réellement ? Et surtout, quelles références historiques et intellectuelles doivent guider sa redéfinition contemporaine ?
C’est dans cette perspective que s’inscrit le présent appel à contributions, consacré à deux figures majeures du panafricanisme du XXᵉ siècle : Nnamdi Azikiwe et Kwame Nkrumah. Ces deux hommes d’État, respectivement originaires du Nigeria et du Ghana, ne furent pas seulement des leaders politiques ; ils furent aussi des penseurs, des intellectuels et des bâtisseurs d’idées. Leur parcours commun à l’Université Lincoln, institution pionnière dans la formation des Afro-Américains et des Africains, constitue un symbole fort. Cette université, première à décerner des diplômes à des Noirs aux États-Unis, accueillit Azikiwe et Nkrumah à une époque où l’éducation était déjà perçue comme une arme de libération. En reconnaissance de leur passage et de leur apport, leurs noms furent plus tard attribués à des bâtiments de l’institution, témoignant de l’importance de leur héritage intellectuel et politique.
Aujourd’hui, alors que le panafricanisme connaît un regain de visibilité, notamment à travers des initiatives politiques, culturelles et militantes, il devient nécessaire d’interroger le sens de cette renaissance. Le récent congrès panafricain organisé à Lomé, au Togo, en est une illustration marquante. S’il a suscité enthousiasme et espoir, il a également provoqué de vives critiques, révélant les ambiguïtés, les divergences et parfois les récupérations idéologiques entourant la notion même de panafricanisme. Peut-on se réclamer du panafricanisme sans en respecter les fondements historiques et éthiques ? Peut-on invoquer l’unité africaine sans un véritable projet de solidarité politique, économique et sociale ?
C’est précisément à ces interrogations que cet appel à contributions souhaite répondre. Il s’agit de revenir aux sources intellectuelles du panafricanisme pour mieux éclairer ses usages contemporains. Comment Nnamdi Azikiwe et Kwame Nkrumah concevaient-ils l’unité africaine ? Quelle place accordaient-ils à la solidarité entre les peuples africains et de la diaspora ? Quelle articulation proposaient-ils entre indépendance politique, souveraineté économique et émancipation culturelle ? En quoi leur pensée peut-elle encore nourrir les débats actuels sur l’intégration africaine, la souveraineté, la justice sociale et la place de l’Afrique dans le monde globalisé ?
Les contributions pourront aborder, entre autres, les thématiques suivantes:
– la pensée politique et philosophique de Nnamdi Azikiwe et de Kwame Nkrumah ;
– l’héritage du panafricanisme classique face aux défis contemporains ;
– les limites et les dérives actuelles du discours panafricaniste ;
– le rôle des intellectuels africains et de la diaspora dans la construction d’un panafricanisme solidaire ;
– la pertinence du panafricanisme comme projet politique, économique et culturel au XXIᵉ siècle.
Cet appel s’adresse aux chercheurs, enseignants, doctorants, étudiants, intellectuels, artistes et acteurs de la société civile désireux de contribuer à une réflexion rigoureuse et critique sur l’avenir du panafricanisme. Les propositions peuvent relever de l’histoire, de la science politique, de la philosophie, de la sociologie, des études culturelles ou des relations internationales.
Les contributions (articles, essais ou analyses) sont attendues au plus tard en juillet 2026 et peuvent être envoyées à l’adresse suivante: jcdjereke@gmail.com.
Les modalités précises de soumission (format, volume, normes bibliographiques) seront communiquées ultérieurement aux auteurs sélectionnés.
À l’heure où l’Afrique cherche à redéfinir sa place dans un monde en recomposition, revisiter la pensée d’Azikiwe et de Nkrumah n’est pas un exercice nostalgique, mais un impératif intellectuel et politique. Leur héritage peut encore éclairer les chemins d’un panafricanisme authentique, solidaire et porteur d’avenir.