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La fin d’année et ses redoutables enchaînements

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En Conseil de cabinet tenu à Yaoundé le 18 décembre dernier, le gouvernement camerounais a dressé le tableau d’un pays jugé globalement calme et sous contrôle.

Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a assuré que la situation sécuritaire restait maîtrisée. Sur le front de l’énergie, son collègue de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a affirmé que le carburant et le gaz domestique étaient disponibles, y compris en vrac. Même sérénité du côté du Commerce, où Luc Magloire Mbarga Atangana n’a redouté aucune pénurie dans les grandes surfaces. Message officiel : la fin d’année peut être vécue sans inquiétude majeure.

Dans cette République des indicateurs, le calme est une statistique, la sérénité un communiqué. Les rayons sont pleins, donc les ventres aussi, par simple déduction ministérielle. Peu importe si le porte-monnaie, lui, observe un confinement strict depuis des mois. L’essentiel est que le pays ne manque de rien, surtout pas de déclarations rassurantes. À défaut d’argent, on peut toujours se nourrir d’optimisme officiel, riche en calories verbales.

Pendant ce temps, le peuple crie, mais discrètement, pour ne pas troubler la quiétude ambiante. Il crie au marché, devant le prix du riz qui grimpe plus vite que l’inflation expliquée à la télévision. Il crie dans les transports, quand le carburant « disponible » se transforme en tarif acrobatique. Il crie à la maison, quand la fin d’année arrive avec ses fêtes… et ses dettes. Mais rassurez-vous : ce cri n’est pas un indicateur homologué. Ce cri discret devient même une routine nationale, un fond sonore toléré, presque folklorique, que l’on couvre par des discours bien repassés. On explique que la conjoncture est mondiale, que la patience est citoyenne, que la résilience est une vertu. Alors on serre la ceinture, encore un trou de plus, en attendant que les indicateurs officiels découvrent enfin ce que le peuple ressent depuis longtemps. Et l’attente se prolonge, saison après saison, sans date de livraison. Patience donc. Encore.

Il y a donc deux Cameroun. Celui des tableaux de bord, où tout est vert comme un feu tricolore éternel. Et celui du quotidien, où le rouge domine, mais sans priorité de passage. L’un parle de stocks, l’autre de survie. L’un compte les tonnes, l’autre les pièces. L’un annonce, l’autre s’adapte. Chacun a ses chiffres, chacun a sa vérité, et surtout chacun campe sur son thermomètre.
Au final, le pays est calme, oui. Calme comme un patient qui n’a plus la force de se plaindre. Calme comme un humour un peu grinçant, dernière richesse nationale non taxée. Et puisque tout va bien, souhaitons simplement que cette fin d’année soit joyeuse… au moins dans les communiqués.

Jean-René Meva’a Amougou

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