Au lendemain du Deuxième Congrès Africain de l’Éducation Catholique, on pourrait croire que l’Afrique éducative a enfin trouvé sa boussole. Hélas, à en juger par la gravité amusée du pape Léon XIV, cette boussole a peut-être été oubliée dans un tiroir d’école où dorment encore quelques manuels jaunis et un ballon crevé. Le Saint-Père n’a pas mâché ses mots : si tant d’élites africaines sont passées par les écoles catholiques, comment expliquer que le continent donne toujours l’impression de tourner sur lui-même, comme un enfant qui aurait oublié la leçon du matin ?
Léon XIV, avec sa douceur qui pique comme une craie neuve, rappelle que l’éducation catholique ne vise pas seulement à produire des têtes bien pleines, mais des cœurs capables de ne pas considérer le voisin comme un obstacle administratif. Voilà une ambition noble, presque héroïque, surtout quand on sait que certains élèves, une fois devenus ministres, semblent avoir consciencieusement effacé les chapitres sur le bien commun.
Mais ne soyons pas injustes : l’école catholique n’est responsable ni de la corruption, ni de la paresse, ni des interminables séminaires où l’on discute pendant dix heures pour décider de l’heure du déjeuner. Pourtant, le Pape insiste : il faut repenser l’éducation catholique, revoir les méthodes, réviser les contenus, et surtout réapprendre à écouter les jeunes, ces créatures mystérieuses capables d’envoyer mille messages par minute tout en proclamant qu’elles n’ont pas le temps d’apprendre.
Léon XIV appelle donc à un « travail en constellation ». Une belle image, qui laisse entendre que chaque institution catholique doit briller un peu plus fort pour éclairer les zones d’ombre du système. Mais à condition, évidemment, que personne ne décide de briller tout seul comme une étoile capricieuse. Le continent a déjà suffisamment de comètes qui disparaissent sitôt les projecteurs éteints.
Le Souverain pontife se montre aussi inquiet pour les jeunes Africains tentés de quitter le continent par désespoir. Sans entrer dans des détails difficiles, il rappelle l’urgence de leur offrir des raisons de croire en l’avenir. Une éducation qui révèle les talents, encourage l’audace et n’éteint pas la curiosité : voilà, finalement, la révolution proposée. Et elle ne nécessite ni miracle ni apparition, seulement du travail cohérent et des adultes qui se souviennent qu’ils furent, eux aussi, des élèves distraits.
Au fond, cet éditorial pourrait se résumer en une phrase : l’Afrique n’a pas besoin d’une nouvelle encyclique, mais d’écoles qui tiennent leurs promesses. Si les acteurs du Pacte Éducatif Africain parviennent à transformer les discours en actes, alors peut-être que les prochaines générations pourront réciter autre chose que « on fera mieux demain ».
En attendant, Léon XIV aura au moins réussi une prouesse : rappeler à tous, avec humour papal et ironie pastorale, que l’éducation est une aventure sérieuse… même quand elle commence par un ballon crevé et une boussole introuvable.
Jean-René Meva’a Amougou
