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47e réunion annuelle de l’ABCA: à Yaoundé, deux visions s’affrontent

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Dans les coulisses du grand raout bancaire de la capitale camerounaise.

La première, menée par des pays favorables à un assouplissement monétaire, estime qu’une plus grande flexibilité est indispensable pour financer la transition énergétique et moderniser des infrastructures résilientes. La seconde craint que cette stratégie n’amplifie les pressions inflationnistes dans des économies déjà exposées. Mais pour l’économiste camerounais Jean-Luc Kamdem, « le danger n’est pas la souplesse, mais la passivité : ignorer le climat revient à subir une inflation que l’on n’a pas anticipée ».

D’autres experts africains appellent à une approche plus offensive. La Nigériane Mary Okonkwo estime que « l’Afrique doit s’approprier la transition verte pour éviter une dépendance accrue aux financements extérieurs ». Une transition imposée de l’extérieur, prévient-elle, risquerait d’alourdir la dette et de fragiliser des économies émergentes. Le spécialiste marocain des systèmes financiers, Fouad El Idrissi, insiste pour sa part sur la nécessité d’« une diplomatie monétaire climatique plus affirmée », jugeant urgent de coordonner les réponses au niveau continental.

Au cœur des débats figure aussi la question de la résilience institutionnelle. Plusieurs gouverneurs plaident pour la création d’unités internes dédiées au risque climatique, capables de modéliser les impacts sectoriels et d’orienter les politiques de crédit. L’Éthiopien Tsegaye Mekonnen rappelle que « les banques centrales ne peuvent plus se contenter de stabiliser les prix : elles doivent protéger des économies contre les chocs systémiques provoqués par le climat ».

Cette reconfiguration s’inscrit aussi dans un paysage mondial en mutation. Alors que les grandes banques centrales commencent à intégrer des stress tests climatiques, les institutions africaines entendent éviter d’être de simples suiveuses. Pour la Sud-Africaine Thandiwe Mokoena, « l’Afrique a une fenêtre d’innovation : ses vulnérabilités peuvent devenir un moteur d’expérimentation ».

Plusieurs propositions circulent : obligations vertes régionales, mécanismes d’assurance climatique mutualisés, intégration du risque environnemental dans les taux directeurs ou plateformes de données climatiques communes. Le Sénégalais Mamadou Sarr, expert en finance durable, estime qu’« une telle convergence pourrait donner au continent une voix plus visible dans les négociations internationales ».

À Yaoundé, l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit de savoir si l’Afrique se contente d’adapter ses outils, ou si elle choisit d’imposer sa propre lecture de la géopolitique climatique pour mieux défendre ses intérêts sur la scène mondiale.

Jean -René Meva’a Amougou

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