La réforme vise à diminuer les coûts de transaction et à rendre l’espace CEMAC plus attractif pour les investisseurs.
La BEAC enclenche une révolution silencieuse dans la CEMAC en adoptant la norme ISO 20022, un standard international qui transforme déjà les systèmes de paiement en Europe, en Asie et dans plusieurs économies émergentes. Avec l’instruction signée par le gouverneur Yvon Sana Bangui, la sous-région franchit une étape stratégique vers une finance plus intégrée, plus sûre et plus compétitive.
Cette décision, attendue depuis plusieurs mois par les acteurs financiers, ouvre une ère nouvelle pour les banques commerciales, les fintechs et les opérateurs de paiement mobile. En effet, ISO 20022 n’est pas une simple mise à jour technique : c’est une refonte profonde de la manière dont les données financières circulent. Le standard permet des messages plus riches, plus structurés et mieux sécurisés, offrant aux établissements une précision accrue dans la gestion des opérations. « Nous passons d’un langage bancaire limité à un système capable de porter des informations complètes, lisibles et exploitables », résume un cadre de BEAC.
Dans un espace comme la CEMAC, où les paiements transfrontaliers restent coûteux et parfois lents, cette modernisation était devenue urgente. Les opérateurs économiques dénonçaient depuis longtemps les délais d’exécution et le manque de transparence dans les transactions inter-banques. L’adoption d’ISO 20022 constitue ainsi un levier pour réduire les frictions internes et améliorer l’interopérabilité entre banques nationales et systèmes régionaux. Selon plusieurs experts, la réforme pourrait diminuer les coûts de transaction et rendre l’espace CEMAC plus attractif pour les investisseurs.
Au-delà de l’amélioration technique, cette transition est également un outil stratégique pour la stabilité financière. Avec des données beaucoup plus détaillées, les régulateurs pourront suivre les flux en temps réel, anticiper les anomalies et renforcer la lutte contre le blanchiment et le financement illicite. « L’enjeu, c’est d’avoir une visibilité totale sur les circuits financiers de la région », explique un spécialiste de conformité basé à Douala. Les autorités monétaires disposeront ainsi d’une architecture moderne, capable de soutenir la montée en puissance de la digitalisation bancaire.
Mais cette révolution comporte aussi des défis. Pour les banques commerciales, la migration vers ISO 20022 implique des investissements lourds en infrastructures, en formation et en mise à niveau logicielle. Plusieurs établissements, surtout les plus petits, redoutent une transition coûteuse dans un contexte déjà marqué par des exigences prudentielles croissantes. Les fintechs, quant à elles, y voient une opportunité stratégique : grâce à une meilleure compatibilité avec les normes internationales, elles pourront se connecter plus facilement à des opérateurs globaux et proposer des services plus compétitifs.
À moyen terme, cette évolution pourrait transformer profondément l’écosystème des paiements en Afrique centrale. Selon un consultant senior en systèmes financiers, « la CEMAC se donne enfin les moyens d’intégrer la dynamique mondiale de modernisation des paiements. Le retard était visible, mais la nouvelle architecture place la région sur une trajectoire plus ambitieuse ». Pour les usagers — entreprises, commerçants, particuliers — les bénéfices se traduiront par des transferts plus rapides, une réduction des erreurs et une meilleure traçabilité.
En adoptant ISO 20022, la BEAC envoie un signal clair : la modernisation du système financier n’est plus un choix, mais une nécessité. Dans un monde où la rapidité et la qualité des données conditionnent la compétitivité des économies, l’Afrique centrale se prépare enfin à jouer dans la cour des standards internationaux. Une révolution annoncée… et désormais enclenchée.
Jean-René Meva’a Amougou
