Alucam vacille, mais Afriland First Bank tente d’éviter la chute. Dans l’opération de levée de 30 milliards FCFA confiée à Financia Capital, la première banque camerounaise par capitaux locaux s’impose comme l’acteur central, celui dont dépend en grande partie la crédibilité du montage.

Dans un contexte industriel miné par des années de pertes et des cuves d’électrolyse gravement endommagées, peu d’institutions osent encore s’exposer. Afriland, elle, choisit de prendre la tête du pool bancaire, assumant un rôle de pilote financier et stratégique.
Ce leadership n’est pas anodin. Sans Afriland First Bank, plusieurs partenaires potentiels hésitaient à se joindre à l’opération. La banque, forte de son expertise dans les financements structurés et son expérience auprès des secteurs industriels sensibles, rassure par sa solidité et sa capacité à absorber une part significative du risque. Elle apparaît ainsi comme la pierre angulaire du dispositif, indispensable pour convaincre les autres acteurs de suivre.
Les fonds recherchés devraient permettre la remise en état urgente des cuves d’électrolyse, cœur technologique de la production d’aluminium, mais aussi la stabilisation de l’approvisionnement énergétique et la relance progressive de la production. Pour Alucam, dont la situation financière ne permet plus d’envisager seul de tels investissements, cette bouffée d’oxygène est peut-être la dernière chance d’éviter l’effondrement.
En s’engageant dans ce dossier complexe, Afriland First Bank confirme sa volonté de soutenir les filières productives nationales. La banque ne se contente pas de financer : elle structure, sécurise et oriente. Son implication symbolise une vision plus large de son rôle dans l’économie camerounaise, celui d’un acteur capable de défendre les industries stratégiques et de soutenir la transformation locale.
Cette dynamique intervient dans un contexte où le secteur bancaire camerounais est régulièrement sollicité pour soutenir la modernisation industrielle, mais rarement avec un niveau de risque aussi élevé. Afriland First Bank, en acceptant d’endosser ce rôle, démontre sa capacité à conjuguer prudence financière et engagement national. Les observateurs soulignent que sa présence pourrait également accélérer la mise en place d’un calendrier opérationnel plus rigoureux, condition essentielle pour restaurer la confiance des partenaires techniques et des fournisseurs.
De plus, la banque apparaît comme l’un des rares acteurs capables de proposer une vision intégrée : sécurisation du financement, renforcement de la gouvernance, accompagnement stratégique et suivi des performances. Cette approche globale, rarement mobilisée dans les restructurations industrielles de grande ampleur, constitue un atout majeur pour un secteur aussi énergétique et capitalistique que l’aluminium. Pour de nombreux analystes, si la relance d’Alucam se concrétise, elle portera l’empreinte d’Afriland First Bank, véritable catalyseur de cette opération à hauts enjeux.
Jean-René Meva’a Amougou



