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« Remaniement ministériel »: Paul Biya face au choix le plus explosif de son règne

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Paul Biya, le Président de la République du Cameroun

Fraîchement réélu, le chef de l’État est confronté à un choix cornélien entre un gouvernement d’ouverture et la crainte d’un recyclage des figures usées du système.

Paul Biya, le Président de la République du Cameroun

Le Cameroun retient son souffle. La composition actuelle du gouvernement camerounais n’échappe plus à la contestation. Avec plus de soixante portefeuilles ministériels, l’on estime que l’équipe dirigeante actuelle est pléthorique, inefficace et incapable d’apporter des réponses concrètes aux problèmes du quotidien. « Nous sommes dirigés par des ministres éternels, déconnectés du pays réel », lâche Sambo, journaliste à Yaoundé, excédé par l’inertie gouvernementale. « Dans les ménages, les attentes s’accumulent, les frustrations aussi. L’action gouvernementale peine à convaincre : inflation incontrôlée, chômage endémique des jeunes, dégradation des services publics, corruption omniprésente. Autant de défis sur lesquels les différents gouvernements successifs ont échoué, malgré les réaménagements cosmétiques ».

Un chef d’État accusé d’absentéisme

Paul Biya, 92 ans, fait l’objet de critiques de plus en plus frontales. On lui reproche de gouverner un pays par procuration. Les conseils de ministres sont devenus l’illustration d’un pouvoir vertical, verrouillé, souvent silencieux. Dans les couloirs du palais, une opacité devenue structurelle inquiète. Des promotions entières de jeunes magistrats formés à l’ENAM attendent d’être intégrés dans l’appareil judiciaire. Personne ne sait pourquoi. Personne n’explique. Cette absence de lisibilité fragilise encore davantage une administration presque décrédibilisée.

L’heure du choix : réconciliation nationale ou continuité ?

Pour les observateurs de la scène politique camerounaise, le palais est en ébullition. Des notes circulent. Des listes filtrent. Pour Chahad, acteur politique engagé dans le Diamaré, « le président sait que s’il reconduit les mêmes profils, ce septennat sera perdu dès le départ. Les fractures sont profondes. Un gouvernement d’ouverture est indispensable ». Alors que les conservateurs, eux, prônent la stabilité. Un baron du parti au pouvoir nous dit, avec prudence : « Le Cameroun ne peut pas se permettre une aventure. La continuité est gage de paix ». Deux visions s’affrontent.

Des promesses qui engagent…

Lors de son investiture le 6 novembre dernier, Paul Biya a promis un septennat pour les jeunes et les femmes, ainsi qu’une intensification de la lutte contre la corruption. Mais ces promesses ne convainquent pas encore. « On veut voir des actes, pas seulement des discours », martèle Eugène, jeune entrepreneur de Yaoundé. « S’il garde les mêmes ministres, on saura que rien ne changera ».
Pour la société civile, le signal doit être clair : intégrer de nouvelles générations ; réduire l’effectif des ministres ; renforcer la coordination gouvernementale ; et lancer une véritable réforme administrative. Pour Nadine Mvogo, « le président doit prouver qu’il veut vraiment changer quelque chose ».

Le mandat de tous les risques
Les organisations de la société civile se montrent préoccupées. Justine Tchoua, responsable d’une ONG anticorruption, dénonce : « un gouvernement de continuité, c’est donner un blanc-seing au détournement de fonds publics. Le président a promis une lutte renforcée contre la corruption. La première épreuve, c’est la composition du gouvernement ». Jean Hassan, universitaire à Ngaoundéré va plus loin : « la classe politique est à bout de souffle. L’État gouverne avec des procédures opaques et une administration dépassée. Si le remaniement ne marque pas une rupture, ce septennat sera un échec national ».

Le politologue Samuel Etoga résume : « ce remaniement n’est pas une option politique, c’est une obligation historique. S’il échoue, le président discréditera définitivement ses 43 ans de pouvoir. S’il réussit, il peut encore réorienter le pays ». Emma Nebieh, proche des milieux diplomatiques, observe : « Les partenaires internationaux attendent des signaux forts. Un gouvernement resserré, compétent, ouvert à des profils nouveaux serait un message puissant ».

Un remaniement qui peut réconcilier… ou fracturer davantage

Le Cameroun est suspendu à une décision qui dépasse le simple cadre institutionnel. Le prochain gouvernement sera le miroir du pays que Paul Biya veut laisser derrière lui. Réconciliation nationale ou continuité conservatrice ? Rupture ou immobilisme ? Un nouveau souffle ou la même mécanique politique ? Comme le formule un citoyen de Garoua sur Facebook : « le président a tout entre ses mains. S’il rate ce remaniement, c’est le pays qui va payer ».
L’heure de vérité approche. Et elle sera historique

Tom.

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