À Yaoundé la capitale camerounaise, une nouvelle tendance architecturale s’impose discrètement mais sûrement : les châteaux d’eau encastrés dans les bâtiments. Cette solution, née du manque d’espace et de la hausse des coûts de construction, devient pour de nombreux propriétaires une option logique, moderne et avantageuse.

Dans les quartiers du sud de la ville, elle s’intègre désormais aux plans comme un élément technique à part entière. Lorsque M. Atangana sollicite une société immobilière pour bâtir sa villa, l’absence apparente de château d’eau dans la maquette le trouble. Son épouse s’en agace et propose même de changer de cabinet. L’architecte, Evelyne, présente alors un catalogue illustrant des châteaux d’eau insérés directement dans le bâti principal ou dans une dépendance. L’objectif : économiser le terrain, alléger les coûts et offrir une esthétique plus harmonieuse. Le couple, rassuré, accepte cette approche qui répond aux contraintes des parcelles urbaines de plus en plus réduites.
À Afan-Oyo, Joël, propriétaire d’un petit terrain de 250 m², confirme cette réalité. Après avoir construit son duplex, il lui restait trop peu d’espace pour un château d’eau traditionnel. Avec son chef de chantier, il opte pour une dalle intégrée à la toiture, capable de supporter une citerne. Résultat : une économie substantielle. Alors qu’un château d’eau classique peut coûter jusqu’à deux millions de francs CFA, leur solution n’a nécessité qu’environ trois cent mille francs. « La solution était juste au-dessus de moi », résume-t-il.
D’autres propriétaires détournent cette innovation pour renforcer la gestion de leurs biens. C’est le cas de M. Zang, bailleur à Minkan, qui possède trente appartements et studios. Il installe ses cuves au-dessus des dépendances, avec un système de contrôle individuel. Pour lui, l’eau devient un outil de discipline locative. Un locataire en retard de paiement voit ainsi son alimentation coupée le 13 novembre. Une fois le loyer réglé, l’eau est rétablie. « Tu payes, tu es mon ami. Tu ne payes pas, je coupe », affirme-t-il sans détour.
Portés par la pression foncière et les nécessités pratiques, les châteaux d’eau encastrés transforment progressivement les habitudes constructives de la capitale. Une adaptation ingénieuse à une ville dense, mouvante et toujours en quête d’optimisation.
André Gromyko Balla



