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Connaissance des marchés financiers: les visages de la jeunesse de la CEMAC

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Marchés financiers : la jeunesse de la Cemac présente deux visages

Balbutiements et miettes de savoir côtoient une tendance plus affirmée pour les mécanismes vers la complexité.

Marchés financiers : la jeunesse de la Cemac présente deux visages

À Yaoundé, dans une salle de l’Université catholique d’Afrique centrale où craquent les chaises et crépitent les idées, la jeunesse de la CEMAC se frotte aux mystères du marché financier avec une ardeur qui mêle audace, hésitation et éclats de rire. Devant un tableau saturé de courbes, certains étudiants manipulent les mots « actions », « obligations » et « dérivés » avec l’aplomb de joueurs d’échecs, sûrs d’eux, presque insolents de facilité. D’autres, plus prudents, scrutent les mêmes concepts comme s’ils déchiffraient une carte au trésor sans boussole, naviguant entre excitation et appréhension. Le contraste amuse les enseignants, qui voient dans cette diversité un vivier prometteur, un kaléidoscope de talents où chacun progresse à son rythme.

Illustrations
Dans les rangs, les témoignages illustrent cette mosaïque. Mireille, Camerounaise de 22 ans, raconte ses premières simulations de portefeuille avec la fougue d’une exploratrice qui découvre un monde nouveau : elle comprend les risques, les rendements, les mécanismes, mais reconnaît que la capacité à anticiper reste un art subtil. À côté d’elle, le Tchadien Hassan préfère ironiser sur sa frayeur initiale : pour lui, investir ressemble parfois à une marche sur des charbons ardents, un équilibre entre peur et tentation d’avancer. Ce regard décomplexé révèle une vérité : la jeunesse aborde la finance avec sensibilité, humour et une sincère volonté de comprendre.

D’autres, comme l’Equato-guinéen Daniélo Nzue apportent à l’apprentissage une touche poétique. Les graphiques deviennent des rivières, les tendances des vents secrets, les indices des murmures à interpréter. Cette approche imaginative surprend les formateurs mais les séduit aussi : si la finance intimide, elle devient plus accessible lorsque les métaphores apprivoisent les chiffres. La créativité, loin d’être un obstacle, apparaît comme un outil d’appropriation, une manière de bâtir une relation vivante avec ces mécanismes souvent perçus comme arides.

L’esprit d’entraide structure également cette énergie collective. Le Centrafricain Samuel, 24 ans, souligne combien les échanges entre camarades font progresser : groupes d’étude, discussions nocturnes en ligne, défis amicaux et analyses improvisées créent une dynamique d’émulation. Les étudiants les plus avancés expliquent, corrigent, motivent ; les plus hésitants posent des questions simples mais essentielles, parfois plus profondes qu’elles n’y paraissent. Cet apprentissage horizontal renforce la compréhension autant qu’il tisse des liens solides entre jeunes des six pays de la CEMAC.

Les enseignants, eux, observent et accompagnent. L’un d’eux résume la situation avec humour : la jeunesse maîtrise le marché financier comme certains savourent le café local, chacun à son intensité, chacun avec son style. Mais il insiste : la curiosité ne suffit pas, car un faux pas financier peut coûter bien plus cher qu’un chocolat mal choisi. D’où l’importance de transmettre, au-delà des cours, un sens de la sagesse, une forme d’intuition qui s’aiguise avec l’expérience. Les formateurs ponctuent leurs interventions d’anecdotes, de clins d’œil, de mises en situation : capter l’attention, voilà la clé pour transformer des étudiants en acteurs confiants et responsables.

Au final, cette jeunesse n’avance pas en terrain connu, mais elle avance ensemble, avec vigueur, solidarité et une envie palpable de maîtriser un monde financier qui façonnera leurs ambitions. Et dans ce mélange de rigueur et de fantaisie, se dessine peut-être le véritable visage de la future élite financière de la CEMAC.

Jean-René Meva’a Amougou

La COSUMAF joue gros

« La curiosité des jeunes est notre plus grand capital », affirme ce maître de conférences. Il a raison. Et cette phrase résonne comme un avertissement. Car dans une région où chaque décision économique peut faire vaciller des équilibres fragiles, continuer à laisser cette curiosité flotter sans véritable structure, sans politique ambitieuse, relève de l’imprudence pure. La jeunesse de la CEMAC déborde d’envie, de questions, d’étincelles intellectuelles. Mais un capital non investi finit toujours par se perdre.
Ce que les enseignants observent au quotidien est clair : le savoir financier ne peut plus se transmettre comme une simple discipline académique. Il doit devenir une arme, un réflexe, une culture. Oui, un faux pas sur un marché financier coûte plus cher qu’un mauvais chocolat de Noël — mais l’enjeu est bien plus large. Ce sont des générations entières qui risquent de regarder passer les opportunités parce qu’on ne leur aura pas donné les outils pour les saisir.

La vraie question est là : la CEMAC a-t-elle enfin compris que sa puissance économique dépend de la maîtrise de ses jeunes ? Les Olympiades financières et tout le corpus qu’elle déploie sont autant de signaux que quelque chose est en train de s’éveiller, pour transformer ces étincelles en brasier durable.
Ne pas agir maintenant serait un luxe que la région ne peut plus se permettre. L’avenir financier de la CEMAC ne se construira ni dans l’hésitation ni dans les promesses. Il se construira dans la transmission. Urgente. Massive. Exigeante. Parce qu’une jeunesse curieuse peut rêver. Une jeunesse formée peut changer le destin d’une région.

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