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Ordures à Yaoundé : le propre d’un dossier sale

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Yaoundé souillée d’Ekounou à Etoudi, d’Essos à Messamendongo, profanée et défigurée avec méthode par des immondices enfouies jusque dans les replis les plus reculés de son territoire.

Partout, les trottoirs sont devenus impraticables, les sacs de détritus continuent de s’amonceler.  « Ce ne sont plus des tas de poubelles, mais des murs », s’est inquiété un riverain du 2e arrondissement devant des sacs éventrés et malodorants. Voilà la capitale de la plus grande puissance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale confrontée à une problématique que l’on croyait oubliée. Cette image a réussi à faire scandale dans les médias ces dernières semaines. L’autre jour, Luc Messi, le maire de Yaoundé, a été alpagué par des riverains excédés. Parmi ceux-ci, quelqu’un s’est souvenu de la tournée des éboueurs à travers les quartiers. C’était à la fin des années 80. Très tenace dans la galerie des souvenirs, le concert des poubelles sur le trottoir, dont les couvercles cabossés sonnaient comme des cymbales. « C’est possible de reprendre le ramassage tel qu’on le faisait à cette époque », a lancé une voix.


Yaoundé souillée d’Emombo à Tsinga, profanée et défigurée avec méthode par des immondices. Aux oreilles de certains hommes de nuances, il n’est pas facile de sortir de ce cauchemar, même après les ordres donnés. Allons-y voir !


Alors que la question de la gestion des déchets s’impose avec force (et même avec ambiguïté) dans les débats, il est une chose qu’on ne doit pas perdre de vue : le service de nettoiement d’une ville est un service public. Administrativement, le service du nettoiement est un service comme les autres. Or, une partie des problèmes du service vient précisément de l’insuffisance des moyens financiers. Malgré son niveau, le budget qui lui est consacré ne permet pas d’assurer le renouvellement du matériel et un recrutement à la mesure des besoins.  Or, selon une étude de la Banque mondiale remontant à 2016, citée par Jean-Pierre Ymele, le directeur général de Hysacam, la capitale camerounaise avait besoin à elle seule, à cette époque, d’un minimum de 15 milliards FCFA chaque année pour garantir la collecte des ordures. Rendu en 2025, cette enveloppe est certainement à revoir à la hausse, avec l’explosion démographique observée dans la capitale. A priori, on peut discuter de tout, sauf de ce sujet déjà tranché. 


Reste alors l’équation de la structuration du service public du nettoiement. Qui doit faire quoi ? Pas moins de trois types d’acteurs différents interviennent, avec des difficultés à collaborer et à coordonner leurs actions : Hysacam, la communauté urbaine de Yaoundé (CUY), les mairies d’arrondissement. Tandis que les Yaoundéens n’ont qu’une compréhension nébuleuse et incomplète de ce paysage, ces différents acteurs entrent dans une véritable compétition pour jouir des retombées positives de l’intervention d’Hysacam. Alors, la gestion des déchets dans la capitale s’avère plus « disputée » que « partagée ». Bien qu’on ait proposé des catégorisations spécifiques d’acteurs dans l’espoir d’un système stabilisé, il existe toujours des équilibres plus ou moins fluctuants des rapports de pouvoir. Ces « forces » peuvent en outre être instrumentalisées à des fins positives, individuelles ou collectives, ce qui en fait un privilège et un enjeu du pouvoir.  D’où la gestion dysfonctionnelle des déchets. 

Bobo Ousmanou

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