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Pêche en Afrique centrale : quand les «gros poissons» dictent la loi, la souveraineté tente de garder le cap

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En Afrique centrale, la pêche a quitté depuis longtemps le simple registre artisanal pour entrer dans celui, beaucoup plus stratégique, des rapports de force économiques.

Ici, le poisson n’est pas seulement une ressource : il est devenu un indicateur de puissance, un révélateur des déséquilibres et, parfois, un fugitif très convoité. Dans ce contexte, l’appui technique de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prend des allures de boussole. L’institution propose aux États un cadre pour mieux organiser leurs politiques, limiter les excès et préserver les ressources. Sur le papier, tout semble presque parfait : protéger les océans tout en stimulant l’économie. Dans la réalité, c’est un peu comme vouloir ranger une pirogue en pleine tempête.

Le cœur du problème reste bien connu : la pêche illicite. Invisible quand il le faut, redoutablement efficace, elle prive les économies africaines de milliards de dollars chaque année. En Afrique centrale, où les moyens de surveillance sont encore limités, certains navires opèrent avec une tranquillité presque insolente. Pendant ce temps, les communautés locales voient leurs prises diminuer, comme si la mer elle-même avait décidé de faire grève.

Le Cameroun illustre parfaitement cette tension. Avec son littoral stratégique sur le golfe de Guinée, le pays dispose d’un potentiel considérable. Mais entre pression extérieure, faibles capacités de transformation et infrastructures encore insuffisantes, la filière peine à décoller pleinement. Résultat : le poisson part souvent brut et revient cher, après avoir fait un long détour industriel.

L’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche tente de corriger ces déséquilibres. En encadrant les aides et en sanctionnant celles liées à la pêche illégale, il impose une certaine discipline. Certes, tout n’est pas parfait dans les termes négociés, mais des marges de manœuvre existent. Encore faut-il savoir les exploiter, et surtout investir là où cela compte : contrôle maritime, transformation locale, structuration des acteurs.

Car au fond, la question dépasse largement la pêche, elle touche à la souveraineté économique. Dans un monde où les ressources se raréfient et où la compétition s’intensifie, l’Afrique centrale doit éviter de rester spectatrice dans ses propres eaux. L’enjeu est donc clair : passer d’une logique d’exploitation subie à une stratégie maîtrisée. Et peut-être qu’un jour, dans ces eaux disputées, les petits poissons cesseront de fuir pour apprendre à nager ensemble, et à leur rythme.

Jean René Meva’a Amougou

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