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Cameroun : entre dates gravées et promesses évaporées

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Au Cameroun, avril n’est pas un simple mois du calendrier : c’est une galerie de dates qui défilent comme des tableaux, certaines encadrées en lettres d’or, d’autres à peine esquissées au crayon.

Le 1er avril ouvre le bal avec son éternel poisson, rappelant que le rire est parfois la manière la plus douce de dire des vérités piquantes. Chez nous, il faut bien l’avouer, ce jour- là semble avoir fait école : l’humour déborde souvent du cadre et s’invite dans le quotidien.
Le 6 avril 1984, en revanche, impose le silence. Tentative de coup d’État: une affaire sérieuse, bruyante, historique. Pas de farce ici, mais une secousse dans l’histoire, un moment où le pays retient son souffle. Cette date-là ne s’oublie pas, elle s’enseigne, elle se raconte, elle s’inscrit dans la mémoire collective comme un rappel que l’histoire peut surgir sans prévenir.

Et puis, il y a le 25 avril 2006. Une date plus discrète, presque timide, qui n’a ni le bruit des armes ni l’éclat des plaisanteries.
Là, pas de chars dans la rue, pas de poissons accrochés dans le dos, mais une loi. Une loi sérieuse, élégante sur le papier : celle sur la déclaration des biens. Sur le papier, tout est clair, presque limpide. On y voit déjà les tiroirs s’ouvrir, les comptes se dévoiler, la transparence s’installer comme une lumière neuve dans les couloirs de la République.

Mais la réalité, elle, a choisi un autre calendrier. La loi est restée là, comme une horloge sans aiguilles, présente mais immobile. Elle existe, oui, mais surtout dans les textes, dans les discours, dans ce futur perpétuel qui commence toujours demain. Avril 2008 arrive ensuite, avec sa modification constitutionnelle. Ici, pas de discrétion : la date s’impose, occupe l’espace, attire les débats. Elle rappelle que certaines pages s’écrivent vite, très vite, dès lors qu’elles touchent au cœur du pouvoir.

Et voilà qu’avril 2026 pointe à l’horizon avec, encore, des projets de modification. Comme si ce mois avait pris goût à réécrire les règles pendant que d’autres restent en suspens. Comme si le temps, lui aussi, faisait un tri sélectif entre ce qui doit avancer et ce qui peut attendre indéfiniment.

Alors le citoyen regarde ce calendrier un peu particulier. Il reconnaît les dates qui font du bruit, celles qui mobilisent et celles qui marquent. Ensuite, il aperçoit, entre deux lignes, celles qui
se font discrètes, presque invisibles. Des dates sans commémoration, sans discours, sans rappel.

La loi du 25 avril 2006 est là, quelque part, comme une promesse posée sur une étagère, prenant doucement la poussière du temps. Elle complète pourtant un article essentiel, elle parle de responsabilité, d’exemplarité, de confiance. Des mots simples, presque évidents, mais qui semblent attendre leur heure.
Et c’est peut-être là que réside la véritable curiosité d’avril au Cameroun. Parce qu’il faut bien rire un peu : une loi qui complète un article de la Constitution, adoptée depuis près de vingt ans, mais toujours en mode «chargement en cours» c’est du grand art administratif. À ce rythme, même Internet en zone rurale applaudit la performance. Dans ce contraste entre les dates qui avancent à grands pas et celles qui préfèrent faire du surplace.

Au fond, avril nous rappelle une chose : toutes les dates ne vieillissent pas de la même manière. Certaines grandissent, d’autres s’effacent, et quelques-unes restent suspendues, comme en attente d’un réveil qui tarde à sonner.

Jean-René Meva’a Amougou

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