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Droits d’auteur : un franc fait mousser les barmans

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Entre prélèvements sur les casiers et lettres muettes, le Syndicat des propriétaires de dépôts et débits de boissons dénonce une décision qui fait fermenter la colère et réclame de nouvelles négociations.

Au Cameroun, le droit d’auteur vient de se transformer en feuilleton bureaucratique, où chaque bouteille semble avoir sa voix et chaque casier son destin. Il y a quelques mois, le ministère du Commerce a validé une décision fixant à 12 francs par casier (soit 1 franc par bouteille) le prélèvement à verser aux ayants droit. Une initiative qui, sur le papier, se voulait simple, mais dans les faits, a déclenché une tempête dans les travées syndicales et associatives.

Le Syndicat National des Propriétaires Solidaires des Dépôts et Débits de Boissons du Cameroun (SYNAPRODBOCAM) n’a pas tardé à se lever. « C’est comme si l’on avait décidé de faire payer l’air que nous respirons pour nos efforts quotidiens », souffle un commerçant, un sourire ironique aux lèvres. Le ressentiment est palpable : les décisions ont été prises sans consultation des personnes qui travaillent dur, celles qui connaissent le terrain, celles qui sentent chaque caisse de bouteilles peser sur leurs épaules.

Certains syndicats ont signé l’accord sans hésitation, séduits par la simplicité administrative et le caractère officiel de la démarche. Mais pour le SYNAPRODBOCAM, protéger leurs intérêts reste prioritaire. « Nous avons écrit, et réécrit », raconte Joseph Anguissa, le président du syndicat, un brin poète malgré la frustration. « Partout, même à la SONACAM, nos courriers semblent se perdre dans les couloirs du temps. On dirait que les lettres ont pris des vacances permanentes », peste-t-il.

Face à ce silence, le syndicat rejette la décision en bloc et appelle à de nouvelles négociations impliquant toutes les parties. « Il ne s’agit pas de refuser le droit d’auteur », précise un autre membre, « mais de rappeler que chaque franc compte pour ceux qui suent derrière le comptoir. » L’humour n’est jamais loin : « Si l’on continue ainsi, bientôt, nous paierons aussi pour le chant des oiseaux au-dessus des dépôts ! »

Le ministère du Commerce, interrogé sur cette absence de dialogue, botte en touche pour l’instant, préférant parler de « procédure normale » et de « mise en œuvre réglementaire ». Les commerçants, eux, restent suspendus à l’espoir d’être enfin entendus.

Dans ce feuilleton, les bouteilles deviennent symboles d’injustice, et les casiers, témoins muets d’un conflit entre la loi et le vécu quotidien. SYNAPRODBOCAM, résolu, rêve d’un compromis : « Que chaque décision respecte le travail et la sueur de ceux qui font tourner ce pays, un casier à la fois ». Le temps dira si les lettres, enfin, retrouveront leur chemin.

Rémy Biniou

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