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Pouvoir au Nord : la fin d’un symbole kirdi, l’ascension de l’élite islamo-peule

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Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, lamido de Rey Bouba, nouveau leader politique du du Septentrion

On croyait la page tournée. Mais le remplacement de Cavaye Yéguié Djibril comme figure politique majeure du
Septentrion par le lamido de Rey Bouba agit comme un révélateur brutal : au-delà d’un simple changement d’homme, c’est toute une bataille historique pour le leadership régional qui resurgit entre les élites islamo-peules et les communautés kirdi.

Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, lamido de Rey Bouba,
nouveau leader politique du du Septentrion

Le successeur de Cavaye n’est pas kirdi. Il est peulh. Et pas n’importe lequel: c’est le lamido de Rey Bouba, figure centrale de l’aristocratie musulmane du Nord, héritier d’une chefferie dont l’histoire est indissociable des razzias esclavagistes qui ont décimé les populations des massifs montagneux pendant des générations. Pour les Kirdi, ces peuples que l’histoire coloniale et précoloniale désignait comme « les infidèles », « les inassimilables », le signal est immédiat et brutal. Yaoundé n’a pas choisi un fils des montagnes pour succéder à un autre. Il a choisi la plaine. Il a choisi la lamiderie. « lamiderie » « On a remplacé une élite compradore par un représentant de ceux qui nous ont réduits en esclavage », lâche, amer, Saboua Thomas, jeune militant kirdi de Maroua. «C’est comme si l’histoire recommençait».

Jean Amougou, politologue basé à Maroua, commente: «Les Kirdi ne partent pas de nulle part. Leur mise à l’écart n’est pas

une perception: elle est documentée, historique, systémique. Des siècles de razzias venues des plaines. Des décennies de mépris colonial relayé par des chefferies supplétives. Puis un État postcolonial qui a redistribué les rôles sans redistribuer les ressources. Dans ce long récit de domination, Cavaye avait au moins une valeur symbolique: il était des leurs, même s’il ne les servait pas. Désormais, cette symbolique disparaît. Les Kirdi n’ont plus personne aux deux premières marches du pouvoir camerounais. «Ce n’est pas la personne de Cavaye que nous regrettions», précise Moïse Djaouda, associatif originaire du Mayo-Tsanaga. «C’est l’idée qu’un homme de chez nous pouvait, un jour, véritablement nous représenter. Là, même cette illusion est retirée».

Ce que révèle la nomination du lamido de Rey Bouba, c’est moins une surprise qu’une confirmation. Yaoundé n’a pas changé de logique. Il a simplement changé de visage. «Pendant des siècles, nos ancêtres ont été réduits au silence par l’épée, le livre et l’administration coloniale», dit Abigaïl, étudiante en sciences politiques à Yaoundé, originaire des Monts Kirdi.

«Aujourd’hui, ce silence n’est plus possible. Nous nommons ce que nous voyons. Et ce que nous voyons, c’est un système qui nous exclut méthodiquement».

La nomination d’un Lamido issu d’une localité où les droits de l’homme continuent d’être violé violés pose une question que Yaoundé ne peut esquiver indéfiniment: quelle place réelle pour les minorités kirdi Kirdi dans les institutions camerounaises ? Pas une place symbolique, pas une cooptation de façade, pas un visage de plus dans un organigramme qui ne change rien au fond. Une place réelle, avec des ressources, des décisions, un pouvoir d’agir. Pour ce cadre administratif basé à Yaoundé et qui requiert l’anonymat, « les villages kirdi ont produit des générations d’hommes et de femmes formés, engagés, capables. La question n’est pas de savoir s’ils existent. Elle est de savoir combien de temps encore le système choisira de faire comme s’ils n’existaient pas».

Tom.

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