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COVID, Ukraine, Iran : l’Afrique joue sa vie… à distance

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L’Afrique regarde le monde non pas comme un spectateur lointain, mais comme un miroir des chocs qui dictent sa vie quotidienne. Les crises qui secouent l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie ne sont pas des anecdotes lointaines dans les colonnes internationales.

Elles se répercutent profondément sur le Continent, dans les assiettes des familles, dans les réservoirs des voitures et jusqu’aux balances budgétaires des États.D’abord, la pandémie de COVID-19 n’a pas été qu’une menace sanitaire marginale. Elle a révélé des systèmes fragiles, des économies vulnérables et des chaînes d’approvisionnement cassées qui n’ont jamais vraiment été réparées. Les mesures de confinement ont interrompu le travail, détruit des emplois et freiné le développement, aggravant pauvreté et inégalités déjà béantes. Même si les masques sont désormais rangés et que les confinements appartiennent au passé, les séquelles économiques persistent, rappelant que le virus n’était pas seulement sanitaire : il était aussi un révélateur brutal de nos dépendances. Les marchés locaux ont souvent ressemblé à des labyrinthes où il fallait naviguer entre pénuries, hausses de prix et directives changeantes. Puis est venue la guerre en Ukraine. Si Kyiv et Moscou se disputent des territoires et des idéologies, l’Afrique, elle, se dispute… le prix du pain. Blé, engrais, carburant : tout devient plus cher dès que les cargos restent coincés dans la Mer Noire.

Les marchés africains, pourtant loin des bombardements,se transforment en théâtres où chaque hausse de prix raconte une histoire de conflit lointain. Et les ménages se retrouvent à jouer au poker avec des billets qui fondent plus vite que glace au soleil. Aujourd’hui, le conflit entre grandes puissances au Moyen-Orient, notamment entre les États-Unis, Israël et l’Iran, sonne comme une autre alarme. Les prix du pétrole, déjà volatiles, montent encore, frappant les économies importatrices d’énergie qui n’ont d’autre choix que de subir ces vagues inflationnistes.Tandis que certains États exportateurs africains pourraient voir leurs revenus pétroliers augmenter, la majorité des ménages voient leur pouvoir d’achat fondre. Ce cocktail de crises superposées provoque une vérité crue : les décisions prises à Washington,Kyiv ou Téhéran n’ont rien d’abstrait pour l’Afrique. Elles se traduisent par des factures plus élevées à la pompe, un pain plus cher sur le marché, et des gouvernements contraints de jongler entre stabilisation des prix et protection de leurs populations.

L’Afrique est donc un continent qui subit des effets d’entraînement mondiaux avant même d’avoir eu l’occasion de définir sa place stratégique dans le jeu international. Les confinements planétaires, les guerres lointaines et les tensions énergétiques déclenchent ici des tempêtes que personne n’a invitées.Le paradoxe est cruel : les décisions de Washington,Téhéran, Moscou ou Kyiv sont appliquées ici sans consultation. Et quand le monde change d’humeur, l’Afrique change de facture. Mais ce n’est pas une fatalité.Cette dépendance forcée est aussi un signal : il est temps de penser autonomie, diversification et résilience. Développer les chaînes alimentaires locales, renforcer l’industrie énergétique, encourager l’intégration économique régionale : voilà les antidotes possibles. L’Afrique a donc deux choix : continuer à subir ou transformer ces chocs en occasions de se réinventer. Les décisions prises ailleurs resteront imprévisibles ; nos réponses, elles, peuvent être stratégiques. Entre gravité et ironie, le Continent est confronté à un défi : ne plus laisser le quotidien se jouer à partir d’ailleurs.

Jean-René Meva’a Amougou

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