Home INTÉGRATION RÉGIONALE Habitat traditionnel : le Mbam’Art 2026 reconstruit un art de vivre

Habitat traditionnel : le Mbam’Art 2026 reconstruit un art de vivre

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En mettant en lumière l’habitat typique du peuple Mbamois, le festival créé en 1996 ouvre une fenêtre sur le fondement des sociétés traditionnelles.

Au village du festival Mbam’Art 2026, tout est fait pour déconnecter le visiteur des décors festifs privilégiés en ville. Ici, le raphia et la paille ont succédé aux chapiteaux et fleurs dans une savante représentation du village traditionnel typique. Le décor est complété par une dizaine de cases dont l’ensemble forme l’expression de l’habitat du peuple Mbamois dans ses différentes déclinaisons: Bafia, Tikar Nyokyon, Yambassa, Yangben, Lémande, Banen, Yambetta, Gouife, Banso, Ossanaga, Vute, Balom… De quoi mettre en exergue le savoir-faire ancestral en matière de construction. Derrière les matériaux rudimentaires bambous, terre battue, paille et feuilles de raphia, se déploient des techniques bien établie et une connaissance de la matière qui permet de porter à 40 ans la durée de vie de ces bâtisses. «Les Bafia, pour poser leurs toitures, utilisent un système traditionnel où on prenait des bambous, qu’on mettait sur des fourches comme des chevalets, on attachait tout ça étant à terre.

Au moment de poser le toit, on appelait des gens qui soulevaient, on posait et on attachait pour que les deux restent collés en haut. Alors que chez les Banen, les Ossanaga et autres, on fait les toits avec la paille. On attache la paille en haut après avoir posé les bambous. Si on regarde les techniques utilisées, les Banen commencent à tresser la paille en bas pour arriver vers la faîtière du toit ; alors que les autres commencent par le haut pour descendre. D’autres toitures ont des dômes et c’est la particularité de deux tribus les Vute et le Tikar. C’est une façon de terminer le toit par ce mât et c’est fait pour que le toit se referme bien. Il est réalisé à base d’un bambou qu’on taille d’abord et qu’on fixe verticalement et on croise la paille tout autour. C’était une technique bien maitrisée que les gens d’avant utilisaient, rien n’était fait par hasard et les maisons duraient et elles sont étanches, la pluie ne peut pas passer. Nous-mêmes, nous avons grandi dans des cases comme cela. On changeait juste le toit après deux ans», raconte Zacharie Moukounde, notable Banen de Njikinimeki et responsable de l’installation du village du festival Mbam’Art.

Les détails des ouvrages font étalage des modes de vie spécifiques de chaque grande famille. Bien plus encore, le village du festival Mbam’Art exposent la flore de chaque aire géographique rattachée aux Mbamois. La paille pour les familles se trouvant dans la savane, les raphias pour ceux dans la moyenne forêt du centre. Et quelques fois, il faut gravir des niveaux dans l’imaginaire pour entrevoir les méthodes de calculs appliquées au dimensionnement des cases. «Chaque famille du Mbam a ses spécificités, sa façon traditionnelle de vivre, par exemple les ustensiles qu’il faut utiliser dans sa cuisine, sa façon de dormir. Chaque famille a ses rites et traditions. C’est ce qui fonde les petites différences. Cependant une chose est commune : c’est que dans chaque case, il y avait du feu à toute heure parce que la cuisine était incorporée dans la case et puis, les villages étaient entourées de végétation donc il faisait froid. Donc généralement, il y’avait toujours le feu dans un coin pour tenir la famille au chaud pendant la nuit. La fumée qui montait permettait de solidifier le toit des cases», souligne le technicien en bâtiment.

Expression des brassages culturels
Les cases traditionnelles du Mbam et Kim et du Mbam Inoubou constituent l’une des attractions majeures du Festival Mbam’Art 2026. Elles ont été auscultées sous tous les angles du 21 février au 1er mars 2026. Par petits groupe, les visiteurs scrutent les ouvrages. Toute occasion trouvée d’établir des rapprochements avec les modèles de construction de leurs villages d’appartenance. Sur la question, il y a fort à dire : «La case Bafia ressemble à ce qui se faisait chez les Bassa. Ils construisaient de la même façon que les Bafia avec la cuisine à l’intérieur. La différence est que chez les Bassa on faisait des fondations et c’est l’une des choses qui a marqué les Allemands quand ils sont arrivés au Cameroun et qu’ils observaient le savoir-faire des Bassa», explique Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam sur les lieux. La suite de son propos est relative à l’organisation de l’espace dans les cases.

Là où se codifie la société
Les deux patriarches s’accordent sur un fait: la case traditionnelle, au-delà de servir d’abris pour le foyer, est l’espace où se tissaient des codes sociaux. Et la hiérarchie des rapports humains, pour se construire, s’arrimait à la fumée des feux de chauffage à la cuisine. «Vous savez quand on grandissait, nos cases étaient organisées de sorte que même les quelques poules d’un foyer pouvait résider à l’intérieur. Qu’est-ce que les parents faisaient donc pour s’assurer que les enfants ne mangent pas les œufs, ils nous disaient que les enfants ne doivent pas en manger de peur d’être faibles et tout le temps malades. Et nous on n’en mangeait pas. Ce qui faisait que les poules pouvaient se multiplier sans problèmes. C’est dans ces mêmes cuisines que les règles alimentaires de la famille étaient fixées. Nos mamans ne mangeaient pas de tout.

Il y avait des viandes réservées aux hommes uniquement et quand l’homme ramenait une viande interdite aux femmes, les mamans préparaient justes les assaisonnements qu’elles remettaient à nos papas et ils cuisinaient eux-mêmes cette viande. Aujourd’hui, l’on trouve que c’était une violence contre les femmes. Mais nos parents ne faisaient pas les choses par hasard, c’était une façon de rappeler aux femmes leur position devant leur mari, devant l’homme. Chaque règle qui était fixée permettait de garder une certaine cohésion sociale. Les enfants connaissaient leur place et leurs limites, les femmes connaissaient les leurs et l’homme aussi. La case était le point de départ des rapports humains dans le village», souligne le notable Zacharie Moukounde.

Ainsi dit, le rôle des cases dans la construction des sociétés traditionnelles du Mba et les cultures s’y rapprochant restent à ce stade évalué de façon insuffisante. Pour Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam, il faut encore creuser dans les dimensions spirituelles pour compléter le tableau des équilibres sociaux. Tel est le narratif d’un savoir-faire ancestral mis en exergue à Bafia, à l’occasion de la 12e édition du festival Mbam’Art.

Louise Nsana

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