Home INTÉGRATION RÉGIONALE Mbam’Art 2026 : le Mbam se raconte dans ses artefacts

Mbam’Art 2026 : le Mbam se raconte dans ses artefacts

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L’édition 2026 du Mbam’Art qui s’est tenue à Bafia du 21 février au 1er mars 2026, n’a pas dérogé à sa mission : celle de valoriser l’art et la culture du Mbam en particulier et du Cameroun en général.

Ce pari est de nouveau tenu avec la participation d’une trentaine d’artisans dont les œuvres exposées réfèrent au tissage et au textile, la poterie, la vannerie, la sculpture, la cosmétique, entre autres. La fabrication des calebasses occupe une place prépondérante dans l’artisanat local. Ici, l’exploit repose sur la production agricole des calebasses aux dimensions et à la contenance remarquables. Toute chose mise en vitrine au Mbam’Art 2026 avec l’exposition d’une calebasse vieille de 200 ans. «La calebasse en question est une variété qui a une épaisseur d’environ 1 cm. On sème la variété en question là où la terre est vraiment fertile. Pour qu’elle donne les caractéristiques désirées, on choisit celle qui évolue et on élimine les autres pour permettre à cette calebasse de tirer tous les avantages nécessaires du sol. On prend le temps de chasser les mouches qui gâtent le feuillage en aspergeant la cendre régulièrement pour les éloigner».

Dans le Mbam, la taille des calebasses est rattachée à des indications géographiques. «Aujourd’hui on retrouve les calebasses de 27 litres dans le village de Bentigue. Ils ont conservé à la chefferie une calebasse d’au moins 30 litres qu’on peut seulement sortir pour les fêtes du village. Là c’est tout le village qui met la main. Il y a quelqu’un qui est chargé de porter cette calebasse, ce n’est pas n’importe qui la porte parce que si tu fais l’erreur la calebasse se casse c’est comme un deuil au village parce que c’est des calebasses tellement protégées. C’est la force du village» renseigne Sa Majesté Defo Chrétien, en charge de la fabrication des objets d’art pour les chefferies du grand Mbam.

Au village du Festival des œuvres culturelles dédiées à d’autres usages, l’attention du visiteur est captée dès l’entrée. Comme une promesse d’immersion dans le passé glorieux des villages, celles-ci rappellent à la mémoire commune les rites et les grandes figures des communautés. Une forge du « Gambi » (araignée mygale utilisée pour les divinations) précède une série d’objets mythiques des chefferies (masques mystiques, instruments de résonance). De quoi ramener au goût du jour la religion ancestrale et plus encore, d’ouvrir des questionnements sur le sort des œuvres d’art dédiées aux chefferies toujours en déportation. «Les statuettes mystiques exposées sont principalement issues du Mbam et Kim avec le Tikar. De ce côté, on trouve encore rarement les sculpteurs traditionnels. En 1913, on trouvait à Bafia de nombreux objets de sculpture. Les objets de chasse et de danses traditionnelles sont encore vivants aujourd’hui. Les mortiers et les tam-tams également. Les sculptures de formes de personnes sont rares ici maintenant.

Aujourd’hui il y a une seule famille à Bafia qui détient encore une œuvre sacrée. Je l’ai découvert pendant mes recherches. Sinon, ici aussi, presque tous les originaux ont été déportés vers l’Occident», souligne sa Majesté Defo. La question de la spoliation des objets d’art par les colons revient donc subrepticement sur la scène. Ici, comme ailleurs au Cameroun, les réflexions sont tournées vers le rapatriement des pièces d’art local se trouvant dans des collections publiques et privées à l’étranger. L’empressement des communautés à rentrer en possession de ces œuvres tient surtout du fait qu’elles sont associées à des pouvoirs. « Les ancêtres sculptaient des personnages de représentation qu’on adoraient. Il y a des animaux qu’on sculptait pour les avoir comme fantômes parce que dans la sculpture il y a des pièces qu’on fabrique et on y met le pouvoir qui peut garder la maison, qui peut sauver des gens, qui peut parler à certaines heures.

L’artisanat des chefferies est différent de l’art décoratif. Ces objets sont fabriqués par des gens qui ont encore la culture ancestrale. Même pour les garder, la communauté choisissait quelqu’un pour de bien assis pour jouer ce rôle. Lorsque je fabrique par exemple un objet, je prononce des paroles pour transférer mon pouvoir. Pour que quelqu’un d’autre puisse l’utiliser pleinement, il faut que je retire ce que j’ai mis », souligne le chef traditionnel. La rétrocession des œuvres d’art camerounaises et africaines suit son cours. Le contexte y afférent évolue dans plusieurs pays notamment en France, mais aussi en Allemagne où le secret entourant l’existence des pièces camerounaise a cédé la place à un inventaire de plus de 40 000 objets d’art camerounais conservés.

Louise Nsana

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