À Yaoundé, la Briqueterie ne laisse personne indifférent. Il suffit de prononcer son nom dans un taxi pour déclencher un flot de commentaires: “Attention là-bas !”, “C’est le fief des bandits!”, “Ils vivent entre eux.”

Pourtant, derrière les clichés, des voix s’élèvent. Celles de riverains, d’habitants d’autres quartiers, et surtout de jeunes qui refusent d’être réduits à une réputation. Sous un auvent en tôle, Hamza, 27 ans, vendeur de babouches, soupire: “Quand il y a un vol de moto quelque part, on dit que ça vient de la Briqueterie. Mais quand il y a un voleur ailleurs, on ne dit pas que toute la population est criminelle”, déplorait-t-il.
Dans les discussions populaires et sur les réseaux sociaux, le quartier Briqueterie (arrondissement de Yaoundé II) est souvent présenté comme un foyer d’insécurité: agressions au couteau, pickpockets et trafics en tous genres. Pourtant, plusieurs habitants dénoncent une exagération médiatique. Fatima, étudiante en droit, s’indigne. “Il y a des problèmes, comme partout. Mais ici, tout devient une affaire communautaire. On ne parle jamais des étudiants, des commerçants, des familles qui travaillent dur”, souligne-t-elle. À quelques kilomètres, à Essos, Jean-Claude, enseignant, reconnaît avoir longtemps évité le quartier: “On m’a tellement répété que c’était dangereux que j’y allais avec méfiance. Finalement, j’y ai découvert un marché dynamique et des gens accueillants.” La rumeur façonne l’imaginaire collectif et la perception générale autour de la Briqueterie s’inscrit dans ce sillage.
Repli identitaire ou solidarité organisée ?
Le quartier Briqueterie est historiquement associé à la communauté haoussa, majoritairement musulmane. Mosquées, boucheries et restaurants halal et associations culturelles structurent l’espace. Pour certains observateurs, cette concentration serait la preuve d’un repli identitaire. Mais pour les habitants, il s’agit surtout de solidarité. “Quand tu arrives de Maroua ou de Garoua sans famille à Yaoundé, ici tu peux trouver un hébergement, un petit commerce, des repères”, explique Moussa, chauffeur de mototaxi. Aïssatou, restauratrice, va plus loin : “On nous accuse de vivre entre nous. Mais est-ce qu’on nous a toujours facilité l’intégration ailleurs”, questionne cette dernière.
Dans les conversations sur des sujets de politiques locales, l’idée d’une prédominance de la communauté Haoussa sur les équilibres municipaux de Yaoundé a pignon sur rue. Dans les exécutifs locaux pourtant, peu de figures issues de cette communauté occupent des postes stratégiques. Soufiane (nom d’emprunt), jeune cadre associatif s’insurge en faux contre cette idée: “On dit qu’on influence les élections. Mais regardez qui dirige réellement les commissions clés, qui décide des marchés publics. Nous sommes nombreux, oui. Puissants, non.” Cette contradiction entre perception révèle, entre autres vérités, une peur plus diffuse: celle d’un groupe visible, perçu comme électoralement discipliné.
Marginalité ou moteur économiques?
Sur le plan économique, la Briqueterie est loin d’être un simple quartier périphérique. Son marché attire chaque jour des clients venus des autres arcanes de la capitale. Céréales, tissus, téléphones, produits importés du Nigéria, etc. Ils font la panacée de circuits commerciaux denses. Mireille, fonctionnaire résidant à Bastos, reconnaît: “Pour certaines fêtes religieuses, je viens toujours acheter ici. Les prix sont compétitifs et la qualité est là.” Son propos a de quoi tirer les vers d’Abdourahmane, un habitant de la Briqueterie. “Beaucoup critiquent la Briqueterie, mais ils viennent faire leurs affaires ici”, dénonce-t-il. Le quartier fonctionne comme une plateforme stratégique, notamment pour les échanges transfrontaliers et les produits liés aux célébrations musulmanes. Toutes les peurs et les contradictions de Yaoundé s’y concentrent : insécurité urbaine, chômage des jeunes, compétition économique, crispations identitaires. Plutôt que de s’enfermer sur ces considérations, la population oriente son attention sur des questions de développement. Notamment l’éclairage public insuffisant, le manque d’infrastructures, le chômage persistant.
Tom





