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CEMAC : chaque État face à la préservation de sa faune

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La girafe de Nubie : dans le viseur des "chasseurs éloigné

L’Afrique centrale, et plus particulièrement les pays de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), recèle un potentiel faunique exceptionnel. Entre forêts tropicales et savanes, ces six pays ont mis en place des stratégies variées pour protéger leurs espèces emblématiques.

La girafe de Nubie : dans le viseur des « chasseurs éloigné

Le Gabon se distingue par l’ampleur de son programme de conservation. Avec 25 % de son territoire en aires protégées, notamment le parc national de Minkébé qui couvre 7 500 km², l’État combine surveillance étatique et partenariats internationaux. L’expert en faune africaine, Dr Jean-Baptiste Makokou souligne : « Les suivis scientifiques et l’implication de la population locale font du Gabon un modèle africain de gestion durable.»

Le Cameroun protège près de 17 % de sa surface via des réserves et parcs comme Lobéké et Bouba Ndjida. Le pays développe la co-gestion avec les communautés riveraines et l’écotourisme, permettant aux populations locales de bénéficier directement des revenus liés à la conservation. « La durabilité passe par l’inclusion des habitants », rappelle le Dr Ernest Etoundi, écologue camerounais.
La République Centrafricaine concentre ses efforts sur le parc national de Dzanga-Sangha, où l’État supervise les activités avec l’appui d’ONG internationales. La RCA mise aussi sur la formation de rangers et l’amélioration des infrastructures pour lutter contre le braconnage.

Le Tchad, avec le parc national de Zakouma et le parc de la Siniaka-Minia, s’efforce de restaurer les populations de grands herbivores décimées par le braconnage. Des programmes de surveillance renforcée et de patrouilles mobiles ont permis de stabiliser certaines populations d’éléphants et de girafes de Nubie. Le Dr Moussa Mahamat insiste : « La sécurité dans les parcs est devenue aussi stratégique que les mesures écologiques elles-mêmes. »

Le Congo-Brazzaville concentre sa conservation dans le parc national de Nouabalé-Ndoki et les zones forestières environnantes. L’État a mis en place un suivi scientifique permanent et des campagnes de sensibilisation pour limiter le braconnage et préserver les corridors écologiques. « La sensibilisation des populations et le suivi régulier sont les clés de la conservation ici », affirme le Philippe Ngoma, conservateur faunique congolais.

La Guinée Équatoriale, avec le parc national de Monte Alén, privilégie le développement de l’écotourisme comme levier de protection. Les revenus générés financent la surveillance et des programmes éducatifs pour les communautés locales. « La protection de la faune et le développement économique peuvent aller de pair », souligne Carmenlo Ondo, spécialiste local de la conservation, approché par la presse équato-guinéenne en fin 2025.

Si les actions varient selon les capacités et les priorités de chaque État, un constat demeure : la survie de la faune de la Cemac dépend de la mise en œuvre concrète et continue de ces programmes. Entre co-gestion, surveillance, écotourisme et sensibilisation, les pays de la sous- région disposent d’outils puissants pour protéger leur biodiversité unique, mais le défi reste immense face au braconnage et à la déforestation.

Bobo Ousmanou

La faune trahie par la protection sur papier

Depuis la Conférence de Rio en 1992, l’Afrique centrale affiche une ambition écologique louable : préserver sa biodiversité faunique. Les chiffres sont impressionnants : certains pays ont consacré jusqu’à 25 % de leur territoire aux aires protégées, dépassant largement l’objectif mondial de 17 %. La moitié de ces zones a été créée au XXᵉ siècle, et 20 % durant la Décennie des Nations Unies pour la diversité biologique de 2011 à 2020. Mieux encore, 85 % de ces aires sont gérées directement par les gouvernements. Sur le papier, le continent est un modèle.

Pourtant, derrière ce tableau flatteur, la réalité est inquiétante. Les populations de grands herbivores déclinent inexorablement. Les éléphants, buffles et autres espèces emblématiques disparaissent, malgré l’étendue des territoires protégés. Le constat est clair : la protection administrative ne garantit pas la survie des animaux. Les parcs et réserves restent menacés par le braconnage, la déforestation illégale et le manque criant de ressources pour la surveillance.

À l’aube de la Journée internationale de la vie sauvage (3 mars prochain), l’Afrique centrale se trouve à un carrefour : continuer à compter sur des chiffres flatteurs ou traduire les engagements en actions concrètes. Les États doivent renforcer la gouvernance environnementale, impliquer davantage les communautés locales et appliquer des sanctions sévères contre les infractions. Les programmes de conservation ne peuvent rester de simples déclarations sur papier ; ils doivent être accompagnés d’une gestion efficace et d’un financement durable.

Le temps presse. Chaque année, des dizaines de milliers d’animaux disparaissent, et avec eux, des écosystèmes entiers. Si les gouvernements ne passent pas à l’action, l’Afrique centrale pourrait devenir le musée vide de sa propre biodiversité. Le paradoxe est cruel : protéger des territoires ne suffit pas si la faune continue de s’éteindre. Le continent doit transformer sa richesse écologique en un engagement réel et tangible. L’heure n’est plus aux ambitions déclaratives, mais à la sauvegarde effective de ses trésors naturels.

« Braconnage à la commande » : La CEMAC face à la menace des réseaux transnationaux

La sous- région sous le coup des « ordres » des braconniers à col blanc.

Dans les forêts profondes et les savanes de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), un silence inquiétant s’installe. Selon le rapport 2025 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) plus de 70 % des éléphants de forêt ont disparu en vingt ans, souvent abattus par des équipes lourdement équipées, exécutant des ordres venus de continents lointains plutôt que de besoins locaux. Ces géants au pas feutré, gardiens des forêts millénaires, tombent sous les balles de réseaux organisés, transformant la vie sauvage en simple marchandise.

Au parc national de Zakouma, au Tchad, les recensements de 2024 révèlent un déclin de 42 % des girafes de Nubie, victimes de la pression croissante de bandes armées coordonnées. Chaque troupeau disparu laisse un vide que la nature peine à combler, chaque cri de girafe qui se tait résonne comme un avertissement silencieux.

Au Gabon, où l’on estimait encore 60 000 éléphants de forêt il y a dix ans, les suivis GPS indiquent désormais un recul de plus de 30 % en cinq ans. « Ce ne sont plus de simples trafiquants de village, mais des organisations structurées, soutenues par des circuits financiers internationaux », explique le Dr Jean‑Baptiste Makoko. Derrière chaque défense arrachée, c’est un écosystème entier qui vacille, un fragile équilibre qui menace de s’effondrer.

Au Cameroun, les forêts de Lobéké et Boumba Ndjida sont régulièrement visitées par des raids sophistiqués. Selon le ministère de la Faune, plus de 120 km de pistes clandestines ont été identifiés en 2025, facilitant l’exportation d’ivoire vers l’Asie du Sud‑Est. « On assiste à une militarisation du braconnage, avec des armes sophistiquées et des complicités transfrontalières », observe le Dr Ernest Etoundi, écologue camerounais. Chaque sentier trahi par la machette ou la roue d’un véhicule clandestin devient une artère de mort pour la faune.

En République Centrafricaine et au Congo-Brazzaville, la fragmentation des habitats et la porosité des frontières offrent un refuge temporaire aux réseaux. Les parcs comme Dzanga-Sangha ou Nouabalé-Ndoki subissent des pertes continues d’espèces clés. « Sans coopération internationale améliorée, ces réseaux finiront par vider nos parcs », avertit le Dr Léonard Matawila, expert centrafricain.

Face à cette menace, les États de la CEMAC multiplient les initiatives. Des unités anti-braconnage spécialisées sont renforcées, la formation des rangers intensifiée, et les partenariats avec INTERPOL et la CITES développés. Au Tchad, l’introduction de drones de surveillance et de systèmes de suivi en temps réel a permis d’intercepter plusieurs convois illicites en 2024. Chaque intervention est une lutte contre l’ombre des réseaux internationaux qui dictent la mort à distance.

Pour les spécialistes, l’enjeu est clair : « On ne protège plus seulement des espèces, on combat des réseaux criminels globaux », affirme la Dr Carmen Ondo, de Guinée équatoriale. La survie des éléphants, gorilles et autres espèces emblématiques de la CEMAC dépend désormais d’une stratégie intégrée, mêlant justice transnationale, technologies de suivi et gouvernance régionale renforcée. Dans ces forêts où le vent souffle à travers les canopées, chaque pas de pachyderme ou de girafe est un fragile hymne à la vie, que la vigilance humaine doit préserver.

Bobo Ousmanou

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