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Hommage à un homme bon

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« Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort, et les morts qui mériteraient la vie. »


Cette pensée m’est revenue avec une force particulière lorsque j’ai appris, hier matin, sa disparition. Car Augustin Lobognon, comme tant d’autres ayant fait le voyage sans retour, méritait la vie. Il méritait de continuer à vivre parce qu’il était profondément bon, généreux, toujours prêt à aider et à rendre service. Il méritait la vie parce qu’il se battait, avec conviction et courage, pour que la Côte d’Ivoire sorte de ce bourbier, pour qu’elle devienne autre chose que ce que nous voyons et subissons depuis avril 2011.
En novembre 2019, en provenance de Francfort, j’avais moi-même bénéficié de cette générosité et de cette bonté. Il s’était plié en quatre pour m’accueillir et rendre agréable mon bref séjour à Genève. Il était de ceux qui savent donner sans compter, offrir sans attendre en retour, simplement parce que le cœur le commande. Ce soir-là, nous avions parlé de notre pays, bien sûr, mais nous avions aussi parlé de notre Afrique — de ses douleurs, de ses espérances, de ses possibles renaissances. Nous ne savions pas encore que, trois ans plus tard, trois militaires en modifieraient le destin en chassant la France arrogante et prédatrice. Laurent Akoun était dans la salle qu’Augustin avait trouvée pour nos riches et incandescents échanges. Les idées circulaient, l’espérance vibrait, et lui, au centre, souriait avec cette chaleur humaine qui le caractérisait tant.

Cette nouvelle Afrique et cette nouvelle Côte d’Ivoire, dont il rêvait, il ne pourra malheureusement pas les voir. Parce qu’il nous a quittés soudainement. Parce qu’il s’en est allé trop tôt. Trop tôt pour un homme qui avait encore tant à donner, tant à partager, tant à construire. Et pendant que les hommes justes disparaissent, des tyrans, des criminels et des imposteurs continuent de vivre, faisant souffrir et pourrissant l’existence de milliers de personnes. C’est en cela que la mort est cruelle et injuste.
Mais il reste ce que la mort ne peut pas emporter: la trace qu’Augustin Lobognon a laissée dans nos vies, les souvenirs de sa bonté, l’exemple de son engagement, la chaleur de son amitié. Il reste cette dette morale que nous avons envers lui: continuer à croire, continuer à lutter, continuer à espérer — comme il l’aurait fait.

Adieu, cher ami !
Adieu, grand frère !
Ton absence est une douleur, mais ta mémoire restera une lumière.


Jean-Claude Djéréké

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